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« Si le dirigeant échoue, le pays échoue » : le plaidoyer présidentiel pour une Nation en continuité

Le chef de l’État a dénoncé les rivalités politiques et le culte de la rupture, à l’occasion du lancement de « Une Nation en marche », appelant à une gouvernance fondée sur la responsabilité collective et la poursuite des politiques publiques au-delà des échéances électorales.

C’est en marge du lancement officiel de l’ouvrage collectif « Une Nation en marche : 60 ans de pièges déjoués, Ndayishimiye et le nouveau chapitre du Burundi » que le Président de la République s’est exprimé sur les enjeux de leadership, de continuité de l’État et de responsabilité politique. Devant un parterre d’auteurs, de responsables politiques et d’invités, le chef de l’État a livré un discours à la fois politique et introspectif, mettant en garde contre les rivalités internes qu’il considère comme un frein majeur au développement du pays.

« Si vous êtes Président de la République, vous avez pris le pays », a-t-il affirmé, insistant sur le poids et la portée de la fonction suprême. Pour lui, les manœuvres visant à affaiblir ou à faire échouer un dirigeant relèvent de ce qu’il appelle des « pièges », car « s’il échoue, c’est le pays qui échoue ». Un message qui s’inscrit dans la philosophie défendue par l’ouvrage, laquelle met l’accent sur la responsabilité collective et la nécessité d’un leadership orienté vers l’intérêt général.

2027 au cœur des débats, la continuité au centre du message

Alors que l’ouvrage se projette sur la Vision 2040-2060, les discussions autour de l’échéance électorale de 2027 ont également traversé l’intervention présidentielle. Le chef de l’État a cependant invité à relativiser ces projections politiques.

« Vous entendrez certains dire : “On ne veut pas qu’il revienne en 2027.” Mais est-ce qu’en 2027 je serai encore là ? Pensez-vous que je sois immortel ? », a-t-il lancé, rappelant que le débat sur l’avenir du pays ne peut être réduit à la seule question des personnes.

Selon lui, l’essentiel réside dans la capacité des institutions et de la classe politique à assurer la continuité de l’État, quelles que soient les circonstances. « S’il n’était plus là aujourd’hui, qui le remplacerait ? », a-t-il interrogé, plaidant pour une réflexion responsable sur la succession et la stabilité institutionnelle.

Les calculs politiques, un frein au développement

Dans un ton critique, le Président a déploré une culture politique dominée par la volonté d’exclure l’autre plutôt que par la recherche de solutions durables. « Nous perdons du temps à penser uniquement à l’absence de quelqu’un. C’est cela qui freine notre développement », a-t-il affirmé.

Il a également appelé les responsables politiques et administratifs à se concentrer sur l’exercice efficace de leurs fonctions actuelles, plutôt que sur la conquête de nouveaux postes. « Il faut d’abord réfléchir à ce que l’on peut faire avec le poste que l’on occupe », a-t-il insisté.

Gouverner dans un temps politique limité

Toujours en lien avec les thèses développées dans « Une Nation en marche », le chef de l’État a évoqué les contraintes du cycle politique. Selon lui, après les élections, une première année est généralement consacrée à la réconciliation nationale et à la restauration de l’unité. Les années suivantes permettent de lancer les programmes de développement, avant que la période de campagne ne ravive les divisions.

« Au final, il ne reste que trois ans effectifs. Que peut-on réellement faire en trois ans ? », s’est-il interrogé. Une réflexion qui, selon lui, justifie l’importance d’une vision à long terme et d’une continuité dans l’action publique.

Des réalisations visibles, mais encore inachevées

Le Président a néanmoins défendu le bilan de son action depuis 2020, affirmant disposer aujourd’hui de réalisations concrètes. Il a cité, à titre d’exemple, la construction du stade national, un projet financé en partie par la contribution directe des citoyens.

Ce chantier, bien qu’emblématique de la mobilisation nationale prônée par l’ouvrage, illustre aussi les défis structurels du pays : malgré l’annonce prochaine de son inauguration, les travaux ne sont pas encore totalement achevés.

Une vision commune pour sortir du « perpétuel recommencement »

En conclusion de son intervention, le chef de l’État a pointé ce qu’il considère comme l’un des maux persistants du Burundi : le « perpétuel recommencement ». À chaque alternance ou changement de leadership, les projets sont remis en question, retardant le développement.

La solution, selon lui, réside dans l’adoption d’une vision nationale partagée, telle que défendue dans « Une Nation en marche ». « Lorsque vous terminez votre mandat, l’autre doit poursuivre la route », a-t-il souligné, appelant à une gouvernance fondée sur la continuité plutôt que sur la rupture.

Un discours qui s’inscrit pleinement dans l’esprit de l’ouvrage lancé, et qui relance le débat sur la capacité du Burundi à transformer une vision politique ambitieuse en progrès durable pour l’ensemble de la population.

 

Journaliste reporteur , fact-checker, créateur de contenus, responsable des réseaux sociaux à la Radio Indundi Culture, et contributeur wikimedien

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