L’OLUCOME tire la sonnette d’alarme sur la gouvernance économique du Burundi, à l’approche du congrès des partis au pouvoir. Lors d’un point de presse tenu le 22 janvier, son président Gabriel Rufyiri a dénoncé l’écart entre les discours officiels et leur mise en œuvre, pointant des indicateurs économiques préoccupants, des inégalités persistantes et appelant les citoyens à exiger la redevabilité des dirigeants conformément à la Constitution.
À l’approche du congrès des partis au pouvoir, l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME) appelle à une évaluation rigoureuse des politiques publiques mises en œuvre au Burundi. Lors d’un point de presse tenu ce jeudi 22 janvier, son président, Gabriel Rufyiri, a insisté sur la nécessité de passer des discours aux actes, tout en dressant un tableau préoccupant de la situation économique du pays.
Selon Gabriel Rufyiri, les congrès politiques devraient avant tout servir de cadre d’autoévaluation. « Partout dans le monde, les politiques publiques sont menées par les partis qui gouvernent. Le congrès doit normalement être l’occasion d’évaluer ce qui a été réalisé jusque-là », a-t-il déclaré. Pour l’OLUCOME, cette évaluation est d’autant plus nécessaire que les citoyens ont un rôle constitutionnel à jouer.
S’appuyant sur l’article 69 de la Constitution burundaise, le président de l’OLUCOME rappelle que « tout citoyen a le devoir de protéger la chose publique et de contribuer au bon fonctionnement du pays ». C’est dans cet esprit, souligne-t-il, que son organisation continue de formuler des contributions visant l’émergence du Burundi.
« Un pays émergent ne se construit pas avec des slogans »
Gabriel Rufyiri a fermement critiqué ce qu’il qualifie de décalage entre les annonces officielles et leur mise en œuvre. « Construire un pays émergent ne doit pas se limiter à des slogans. Tant que les principes annoncés ne sont pas appliqués, c’est comme verser de l’eau sur un rocher », a-t-il affirmé, citant le philosophe Épictète pour illustrer son propos.
Dans cette optique, l’OLUCOME a élaboré un document analytique de neuf pages, structuré en trois parties. « La première partie recense les politiques publiques annoncées, verbalement ou par écrit, mais qui n’ont jamais été mises en œuvre », a expliqué Rufyiri. La deuxième partie met en lumière les préalables indispensables à la réussite du développement, souvent négligés, tandis que la troisième formule des recommandations générales et spécifiques.
Inégalités sociales et principes bafoués
Le président de l’OLUCOME a également dénoncé la persistance des inégalités sociales, symbolisées, selon lui, par l’image figurant sur le tee-shirt qu’il portait lors de la conférence. « D’un côté, une minorité s’accapare les richesses nationales ; de l’autre, la majorité de la population vit dans la pauvreté », a-t-il regretté, qualifiant cette situation de violation des principes d’équité, de justice et d’égalité.
Il a rappelé que ces principes sont garantis par la Constitution burundaise et par plusieurs conventions internationales ratifiées par le Burundi, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. « Ce traité oblige l’État à garantir le droit à l’alimentation, à la santé, au logement et à l’éducation. La responsabilité incombe aux gouvernants », a-t-il insisté.
Des indicateurs économiques au rouge
Pour étayer ses critiques, Gabriel Rufyiri s’est appuyé sur trois indicateurs macroéconomiques clés : l’inflation, la balance commerciale et le PIB par habitant. Concernant l’inflation, il a souligné que « alors qu’un taux inférieur à 6 % est généralement acceptable, le Burundi avoisine aujourd’hui les 40 % », une situation qu’il juge alarmante.
Sur la balance commerciale, il a pointé un déséquilibre structurel marqué par de faibles exportations et des importations élevées, aggravé par le recours massif au marché noir des devises. « Quand le dollar s’échange entre 6 500 et 7 000 francs burundais sur le marché parallèle, il devient difficile de parler de stabilité économique », a-t-il averti.
Quant au PIB par habitant, Gabriel Rufyiri note une régression inquiétante. « Alors que la Vision nationale prévoit 2 000 dollars en 2040, nous sommes passés d’environ 353 à 253 dollars par habitant », a-t-il déploré, estimant que cette baisse traduit l’échec des politiques actuelles.
Exiger des comptes est un droit constitutionnel
Au terme de son intervention, le président de l’OLUCOME a appelé les citoyens à exiger des comptes à leurs dirigeants. « Conformément à l’article 69 de la Constitution, les citoyens ont le droit d’exiger la redevabilité de ceux qui gouvernent », a-t-il martelé.
Pour l’OLUCOME, les politiques publiques doivent avant tout servir l’intérêt général. « Au lieu d’enrichir la nation, certaines politiques ont surtout profité à une poignée d’individus », a conclu Gabriel Rufyiri, appelant à une gouvernance plus juste, transparente et orientée vers le bien-être collectif.

























