À l’occasion du 35ᵉ anniversaire de l’unité nationale, des citoyens de Mugere, des acteurs de la société civile et des responsables politiques rappellent que la cohésion sociale ne se décrète pas. Entre fierté partagée, alertes citoyennes et défis socio-politiques, l’unité nationale apparaît plus que jamais comme un chantier permanent.
À Mugere, dans la province de Bujumbura, la célébration du 35ᵉ anniversaire de l’unité nationale ne s’est pas limité aux discours officiels. Elle a ravivé des échanges sincères, parfois empreints d’émotion, entre des citoyens conscients que la cohésion sociale reste un combat quotidien. Beaucoup appellent à un renforcement effectif de la Charte de l’unité nationale de 1991, qu’ils considèrent comme une boussole morale pour un Burundi apaisé.
Pour ces habitants, l’unité nationale ne doit pas rester un slogan ni un rituel annuel. Elle se vit dans les gestes du quotidien, dans le respect mutuel et surtout dans l’éducation de la jeunesse, perçue comme l’héritière directe de cette fragile paix.
Malgré les difficultés économiques persistantes, les résidents de Mugere expriment un sentiment largement partagé : celui de vivre dans un pays globalement sécurisé.
« Ce qui me rassure, c’est que je me couche et je me réveille en paix. Sans unité, rien ne tient », confie F., la voix calme mais ferme.
Mais derrière cette fierté, certains expriment aussi des craintes. Le régionalisme et certaines divisions latentes sont pointés du doigt comme des menaces silencieuses susceptibles de fragiliser la cohésion nationale si rien n’est fait.
Un devoir partagé, des leaders attendus au tournant
À Mugere, le message est clair : l’unité nationale est l’affaire de tous.
« Jeunes ou adultes, nous devons la renforcer ensemble. Restons unis et travaillons main dans la main », plaide un résident.
D’autres estiment cependant que cette unité doit s’appuyer sur un multipartisme réel et respecté, condition essentielle d’une démocratie apaisée. Les leaders politiques, disent-ils, doivent montrer l’exemple par leurs paroles et leurs actes.
Gabriel Rufyiri : « L’unité nationale repose sur la justice et l’équité »

Ces préoccupations trouvent un écho dans l’analyse de Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome. Selon lui, l’unité nationale ne peut survivre sans des fondations solides : une liberté d’expression responsable, une production suffisante, l’équité sociale et une justice crédible.
Il rappelle que la liberté d’expression, garantie par la Constitution, doit être exercée avec responsabilité, afin de renforcer — et non fragiliser — le vivre-ensemble.
Pour Gabriel Rufyiri, la faiblesse de la production nationale favorise l’accaparement des richesses par une minorité, au détriment de la majorité. Cette situation, prévient-il, mine la cohésion sociale.
Il insiste sur la nécessité d’une répartition équitable des richesses, soulignant que l’équité sociale n’est pas seulement une exigence morale, mais un principe constitutionnel et un gage de paix durable.
Démographie, exil et fuite des cerveaux : des fractures à réparer
Le président de l’Olucome alerte également sur d’autres défis majeurs : une croissance démographique mal maîtrisée, la persistance de nombreux réfugiés burundais à l’étranger et la fuite des cerveaux, notamment dans l’éducation et la santé.
Selon lui, ces phénomènes affaiblissent les capacités du pays et compromettent les efforts de consolidation de l’unité nationale.
UPRONA : « L’unité nationale ne se décrète pas, elle se construit »

Sur le plan politique, le président de l’UPRONA, Olivier Nkurunziza, rappelle que l’unité nationale ne doit jamais être considérée comme acquise.
« L’unité nationale est un processus permanent », affirme-t-il, appelant à des actions concrètes et continues pour prévenir toute rechute dans la violence.
Olivier se dit particulièrement préoccupé par la disparition progressive des symboles de l’unité nationale, notamment le drapeau dédié à cette cause, autrefois présent lors des cérémonies officielles.
Pour l’UPRONA, ces symboles ne sont pas de simples ornements, mais des repères mémoriels essentiels pour transmettre l’histoire et les valeurs de cohésion aux jeunes générations.
Un acquis précieux, mais jamais garanti
Des collines de Mugere aux cercles politiques et à la société civile, un constat s’impose : l’unité nationale est un trésor fragile. Sa préservation exige un engagement constant, fondé sur la justice, l’équité, le dialogue sincère et la responsabilité collective, afin que la paix ne soit pas seulement un souvenir, mais une réalité durable pour tous les Burundais.























