Des hippopotames vivent aujourd’hui dans des bassins d’épuration des eaux usées au quartier Buterere II, en commune Ntahangwa, province de Bujumbura. Si les riverains ignorent l’origine de ces animaux, ils constatent néanmoins une augmentation de leur nombre et leur reproduction. Une présence inhabituelle qui, malgré une cohabitation globalement pacifique, cause des dégâts aux cultures voisines, notamment les champs de maïs, et ravive les appels à leur retour vers leur habitat naturel. Les autorités environnementales assurent qu’une solution sera envisagée à l’issue d’un inventaire national des hippopotames.
À une vingtaine, voire une cinquantaine de mètres de la Route nationale n°5 (RN5), sur l’axe menant à l’aéroport international Melchior Ndadaye, le quartier Buterere II abrite une situation pour le moins inhabituelle. Six bassins de traitement des eaux usées, de forme rectangulaire, y ont été construits côte à côte, disposés parallèlement deux par deux : deux en amont, deux au milieu et deux autres en contrebas.
Dans l’un des bassins situés au milieu, du côté droit, vivent des hippopotames. Une présence surprenante pour un espace urbain, mais qui, pour les habitants riverains, est devenue presque ordinaire avec le temps.
Des animaux bien installés depuis plusieurs années
Les résidents des habitations avoisinantes expliquent que ces hippopotames passent la majeure partie de la journée dans l’eau. Selon eux, le fort ensoleillement observé en journée les pousse à rester immergés, tandis qu’ils sortent surtout en soirée ou très tôt le matin, lorsque les températures sont plus fraîches.
« Il y en a dans les bassins d’épuration. Comme il fait très chaud la journée, les hippopotames restent dans l’eau. La plupart du temps, ils sortent le soir ou à l’aube. Ils résident réellement dans ces bassins », témoigne Jonas Ndayirukiye, un habitant de Buterere II âgé d’une trentaine d’années.
Si l’origine exacte de ces animaux demeure inconnue pour les riverains, beaucoup s’accordent à dire qu’ils sont présents depuis longtemps. Certains estiment même qu’ils ont élu domicile dans ces bassins peu après leur construction.
« Cela fait déjà plusieurs années, peut-être une dizaine d’années, qu’ils sont là. Je pense qu’ils sont arrivés avec la construction de ces bassins, attirés par l’eau. Même lorsqu’un hippopotame s’en va, un autre le remplace aussitôt. On dirait qu’ils se transmettent l’information. Aujourd’hui, leur nombre a augmenté et ils se reproduisent », affirme Olympe Muhezagiro.
Une cohabitation globalement pacifique, mais non sans risques
Malgré le caractère inhabituel de la situation, les habitants de Buterere 2 affirment que la cohabitation avec ces hippopotames reste globalement pacifique. Les animaux semblent habitués à la présence humaine et se déplacent parfois à proximité des maisons, notamment la nuit.
« Ils sont habitués à cohabiter avec les hommes. Même la nuit, ils se promènent. Tu peux passer près d’un hippopotame lorsqu’il broute sans problème. Mais les gens en ont quand même un peu peur », explique Gabriel Uwizeye, un résident quinquagénaire.
Le principal problème soulevé par les riverains concerne toutefois les dégâts causés aux cultures environnantes, en particulier les champs de maïs situés à proximité des bassins.
« Le seul hic, c’est qu’ils abîment les champs de maïs, car les hippopotames consomment le maïs », ajoute Gabriel Uwizeye.
Des cas de mortalité signalés
Outre les dégâts agricoles, les habitants indiquent que certains hippopotames meurent parfois lorsqu’ils quittent ces bassins. Un phénomène qui suscite l’inquiétude, tant pour la sécurité des populations que pour la protection de ces animaux.
« L’un d’eux est mort dernièrement, pas loin d’ici », révèle Jonas Ndayirukiye.
Ces incidents renforcent l’idée, chez plusieurs riverains, que ces animaux ne devraient pas rester dans un environnement aussi inadapté.
Face aux risques potentiels, certains habitants estiment que les hippopotames devraient être déplacés vers leur habitat naturel.
« Ce serait mieux qu’on les emmène ailleurs. Les animaux non domestiques ne devraient pas cohabiter avec les hommes, car ils peuvent attaquer », soutient Gabriel Uwizeye.
Cette inquiétude est d’autant plus vive que les hippopotames sont réputés pour leur caractère imprévisible et figurent parmi les animaux sauvages les plus dangereux en Afrique.
L’éclairage de l’Office burundais pour la protection de l’environnement
Le directeur général de l’Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE), Berchmans Hatungimana, apporte un éclairage scientifique et environnemental sur cette situation. Il rappelle que les hippopotames ne sont pas des animaux strictement aquatiques.
« Ce ne sont pas des animaux aquatiques à proprement parler. Ils vivent dans l’eau, mais sortent pour se nourrir, c’est-à-dire pour brouter l’herbe sur la terre ferme. Lorsque vous vous rendez dans les zones tampons près du lac Tanganyika et de la rivière Rusizi, vous constaterez que ces espaces sont aujourd’hui occupés par des plantations et des constructions, alors qu’ils constituaient autrefois les zones de pâturage de ces animaux », explique-t-il.
Selon lui, la réduction et l’occupation anarchique de ces zones tampons contraignent les hippopotames à errer et à s’adapter à des milieux inhabituels, comme ces bassins d’eaux usées.
Un inventaire national en préparation
Pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène et y apporter des solutions durables, l’OBPE prévoit de réaliser un inventaire national des hippopotames.
« Nous comptons faire un inventaire afin de connaître le nombre exact d’hippopotames présents au Burundi ainsi que la superficie dont ils devraient disposer. Nous allons collaborer avec l’Université du Burundi et une institution de recherche en Belgique. Cette activité doit commencer sous peu. Nous attendons l’arrivée des instruments nécessaires », précise Berchmans Hatungimana.
Il souligne qu’à l’issue de cet inventaire, des propositions concrètes seront soumises aux autorités compétentes afin qu’une décision éclairée soit prise, sur la base de données scientifiques fiables.
Au mois d’avril 2025, un hippopotame avait été tué non loin de là, sur la RN5, au quartier Kiyange, dans la zone Buterere. Les habitants affirment que l’animal provenait de ces mêmes bassins.
À ce sujet, le directeur général de l’OBPE rappelle que l’hippopotame figure à l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), qui protège les espèces en danger. Toute atteinte à ces animaux est donc strictement encadrée par la loi.
La situation de Buterere II illustre de manière frappante les tensions croissantes entre urbanisation, protection de l’environnement et conservation de la faune sauvage. Elle pose la question de la gestion des espaces naturels, du respect des zones tampons et de la cohabitation entre l’homme et la faune.
En attendant les résultats de l’inventaire annoncé par l’OBPE, les habitants continuent de vivre au quotidien avec ces voisins hors du commun, entre fascination, prudence et inquiétude.
























