Présenté officiellement ce mercredi 14 janvier 2026, l’ouvrage collectif « Une Nation en marche : 60 ans de pièges déjoués, Ndayishimiye et le nouveau chapitre du Burundi » réunit auteurs, responsables politiques et anciens dirigeants autour d’un même constat : le développement du Burundi passe par la transformation des mentalités, le leadership responsable et l’engagement de la jeunesse, dans la perspective de la Vision 2040-2060.
L’ouvrage intitulé « Une Nation en marche : 60 ans de pièges déjoués, Ndayishimiye et le nouveau chapitre du Burundi » a été présenté officiellement ce mercredi 14 janvier 2026. À travers cet essai collectif, ses auteurs proposent une lecture critique du parcours du Burundi depuis l’indépendance et esquissent les bases d’un avenir fondé sur la transformation des mentalités, le leadership responsable et l’engagement collectif.
Prenant la parole lors de cette présentation, le docteur Benjamin Ndagijimana, auteur principal du livre, a tenu à clarifier la portée du titre. Selon lui, « dire qu’une nation est en marche ne signifie pas qu’elle est arrivée, mais qu’elle a quitté l’immobilisme ». Cette dynamique se traduit, explique-t-il, par trois éléments essentiels : une sortie progressive de la gestion permanente des crises, l’existence d’une direction lisible reposant sur la planification, la production et la responsabilité, ainsi qu’une mobilisation collective impliquant l’État, les institutions, les citoyens, la jeunesse et la diaspora.
La richesse des Nations se trouve dans les esprits
La question des mentalités occupe une place centrale dans l’ouvrage. Pour le professeur Désiré Manirakiza, co-auteur, aucun développement durable ne peut être envisagé sans un changement profond de mentalité. Il souligne que la mentalité et le comportement sont intimement liés : ce que l’on fait n’est, en réalité, que le reflet de ce que l’on pense. Ainsi, toute volonté de transformation sociale doit impérativement passer par une réforme des mentalités.
Cette analyse rejoint les priorités exprimées par les autorités burundaises. Le ministre présent à la cérémonie a rappelé que la réalisation de la Vision du Burundi émergent en 2040 et développé en 2060 repose avant tout sur la qualité du capital humain. Or, ce capital humain est largement porté par la jeunesse, dans un pays où 72 % de la population a moins de 40 ans. Dès lors, aucune politique visant à améliorer le vivre-ensemble et le développement national ne peut réussir sans l’implication active des jeunes.
Pour le professeur Manirakiza, parler d’une nation en marche, ce n’est pas évoquer une nation achevée, mais une nation debout et résiliente, capable d’assumer son passé, d’affronter son présent avec courage et de préparer son avenir avec lucidité. Il estime que l’un des meilleurs moyens d’évaluer cette dynamique nationale consiste à analyser les efforts consentis dans la transformation des mentalités.
Selon lui, ce qui distingue les peuples ne réside pas dans les richesses de leur sous-sol, mais dans les idées et les représentations qu’ils portent. La mentalité, comprise comme l’ensemble des manières de penser et d’agir propres à une société, est donc étroitement liée au développement, tant sur le plan théorique que matériel. Le renouvellement des modèles sociaux de réussite, notamment chez les jeunes, apparaît ainsi comme un levier essentiel de transformation.
Ndayishimiye plaide pour une responsabilité politique partagée
Intervenant à son tour, le chef de l’État, Évariste Ndayishimiye, a souligné que le programme du parti au pouvoir intègre non seulement les aspirations de ses membres, mais aussi certaines propositions issues de l’opposition. Il a évoqué les réformes administratives, notamment la réduction du nombre de provinces et de communes, rappelant qu’un opposant avait estimé que son programme avait été repris, allant jusqu’à parler de « vol ».
Le président est également revenu sur certaines mentalités héritées de la période de la lutte armée, marquées par la question : « Prendre le pays, mais pour l’amener où ? ». Pour lui, cette façon de penser constitue un piège qui freine le développement. Il a dénoncé une vision selon laquelle l’échec d’un dirigeant serait une opportunité pour ses adversaires, rappelant que l’échec du président équivaut à l’échec du pays tout entier.
Il a plaidé pour une culture politique tournée vers la responsabilité et la préparation de la relève, plutôt que vers l’attente de l’échec de l’autre, appelant chacun à réfléchir à ce qu’il peut apporter au poste qu’il occupe.
Du discours à l’action
De son côté, Gabriel Rufyiri, également co-auteur, a insisté sur la responsabilité des dirigeants, appelés à se sentir redevables au même titre que les citoyens. Il a plaidé pour l’instauration d’un véritable débat intellectuel et pour une relecture des approches éducatives, en mettant l’accent sur la science, la découverte et l’apprentissage.
Il a présenté une philosophie d’Épictète, reposant sur trois piliers : la pensée, la parole et l’action, avec un accent particulier sur la mise en pratique, qu’il considère comme le principal défi du Burundi.
L’ouvrage met également en avant plusieurs documents de référence, notamment la Vision 2040-2060, la stratégie nationale de lutte contre la corruption et le document de stabilisation macroéconomique. Pour Gabriel Rufyiri, sans une culture de l’évaluation, ces textes risquent de rester de simples discours sans impact réel.
Des réformes profondes pour transformer la vision en réalité
Enfin, l’ancien président du Burundi, Sylvestre Ntibantunganya, a estimé que la réussite de la Vision 2040-2060 passe nécessairement par une profonde réforme du système éducatif. Il a rappelé que, depuis l’indépendance, les réformes ont souvent été menées de manière fragmentée et instable.
Il a également insisté sur l’urgence de renforcer deux secteurs clés pour la paix intérieure : la justice et la police. Selon lui, une justice gangrenée ou une police corrompue compromettent durablement la paix sociale. Autant de défis majeurs que le Burundi devra relever pour transformer la vision en réalité.
























