Selon le Ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida, l’année 2025 a été marquée par une augmentation de nouvelles infections au VIH Sida au Burundi, la séroprévalence étant plus élevée chez les jeunes de 15 à 24 ans, avec un taux de 35% des personnes dépistées positives. Depuis la même année, le pays est frappé de plein fouet par une crise de financements extérieurs notamment l’aide américaine, menaçant ainsi les progrès réalisés dans l’atteinte des objectifs 90-90-90 à l’horizon 2030(90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, 90% de ceux-là sont sous traitement ARV et 90% ont une charge virale indétectable). Les personnes séropositives dont ces jeunes vivent déjà la galère. Le gouvernement et ses partenaires tentent des stratégies alternatives pour maintenir la riposte.
Akissa Akimana, une jeune séropositive de 23 ans, habite dans la zone Kanyosha en commune Mugere au sud de la capitale économique du Burundi. Orpheline de mère séropositive, elle apprit sa séropositivité à 9 ans lorsqu’elle étudiait en quatrième année primaire quand sa mère était déjà décédée. Finaliste du poste fondamental dans la section « informatique de gestion », elle évolua en « groupes de parole » regroupant des camarades du même statut sérologique sous encadrement de clubs initiés par des associations de séropositifs jusqu’à présent.
Désormais, cheffe d’un « club d’observance » là-bas, Akissa, compte parmi les 35 % des jeunes porteurs de la maladie. Elle se dit très attristée par les effets de la suspension de financements du secteur.
« Les groupes de paroles ont cessé de fonctionner. C’est dommage que les enfants naissent avec le virus de l’immunodéficience humaine, que ceux déjà contaminés ne sont plus suivis, ne sont plus informés ou détendus comme avant. C’est regrettable qu’ils ratent des informations qui nous ont fait grandir en tant que séropositifs. Nous vivons la situation depuis février 2025 », regrette Akissa, sous mutisme émotionnel.
De même, bon nombre d’assistances en kits destinés aux séropositifs ont cessé tant dans cette contrée que dans d’autres coins du pays. Les sources contactées mettent en évidence les séances d’informations sur le VIH sida qui ne sont plus animées, l’interruption de l’insertion socio-professionnelle chez les orphelins du sida ayant fait des cycles courts et les sans-emplois, un volet normalement appuyé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) suspendue à la suite du gel général de l’aide étrangère américaine en 2025 (Décret exécutif 14169).
Cela fut alors un coup dur pour les communautés quand l’on sait que le Burundi affichait déjà une forte dépendance de la riposte au VIH aux ressources extérieures (95%) selon UNAIDS.
La jeune Akissa craint pour l’avenir des camarades infectés étant donné que la jeunesse Burundaise faisait déjà face aux difficultés de la vie dont le phénomène de chômage. « Déjà, une camarade à moi de 16 ans, vient d’abandonner l’école, elle s’adonne ouvertement aux actes de prostitution et viens d’être engrossée. Mal encadrée dans une famille où la vie est dure, elle n’avait d’autre choix que de tenter sa survie. C’est facile qu’elle soit tentée pour des choses même dérisoires à se livrer à ces actes. Imaginez alors la suite, si elle aurait même infecté son partenaire. L’Arrêt d’encadrement des jeunes est la source de malheurs ici chez nous », a-t-elle amèrement regretté.
Les parents dans le désarroi
Consternés par le gel des financements du VIH Sida, des parents s’interrogent sur l’avenir des enfants et jeunes infectés mais aussi des adultes sous traitement anti rétro viral. « Nous sommes désespérés. Que la bonne main de l’Eternelle soit sur nous, nous protège et éclaire les intervenants dans la lutte contre le VIH Sida », supplie Daphrose G. (pseudonyme pour la protection de son identité), originaire de la zone Mivo en commune Ngozi de la province Butanyerera.
Cette mère de trois enfants, veuve du Sida, elle aussi séropositive depuis 15 ans. Comme Akissa parle de la vulnérabilité des jeunes liée à la précarité des conditions de vie.
« En effet, s’indigne-t-elle, c’est rare qu’un) jeune en situation de misère résiste aux tentations comme l’exploitation sexuelle. Il en est le cas pour les femmes, même celles infectées. Voilà le mode rapide de contamination. Nous demandons donc qu’il n’y ait pas rupture d’appui pour les personnes sous traitement ».
Au moment où le Burundi fait face à défis sanitaires liés à la persistance des maladies transmissibles comme le VIH/Sida https://minisante.gov.bi/wp-content/uploads/bulletins/Bulletin%20Trimestriel%20d’Information%20Sanitaire%20%20du%20T2_2025%20(%20avril%20%C3%A0%20juin%202025).pdf, la quinquagénaire note le retour des maladies opportunistes. « Il y a réduction considérable d’assistances, la prise des antirétroviraux exige que le patient ait quand même mangé à sa faim. Or, des familles souffrent de l’insuffisance alimentaire, certains parents optent pour laisser les enfants manger seuls. Nous avons un faible revenu. Et si jamais les médicaments suspendus, c’est au risque de notre vie », prévient-t-elle.
Une certaine Anita Ndagijimana (nom d’emprunt), 27 ans, mère de 5 enfants, séropositive et travailleuse de sexe, rencontrée à Musaga dans la ville de Bujumbura abonde dans le même ordre d’idée pour parler de coup dur avec la baisse de financement du VIH/Sida.

lle qualifie la décision de coup de tonnerre. « J’ai appris d’un de mes partenaires que le pays est sur le point de gel des ARVs. Si cela se révèlerait vrai, c’est la mort qui s’en suivra. Nous allons tous périr. Nous sommes tellement inquiets. Imaginez si l’on arrête de nous servir en médicaments. Un partenaire m’a conseillé de demander une quantité de plus pour constituer un stock. Il y’aura sans doute de nouvelles infections. Moi par exemple, je suis dans état où je ne peux pas m’abstenir aux rapports sexuels face à un partenaire très payant ; nous protéger devient facultatif. L’essentielle est que je parvienne à avoir quoi nourrir mes enfants dans ce contexte de pauvreté », explique la jeune femme.
Elle prévenir que les jeunes gens en deviennent les premières victimes avant de plaider pour des mesures palliatives afin que les patients puissent longtemps vivre leur séropositivité.
Des organisations de la société civile tapent du poing sur la table
Avec inquiétude, l’Association de Prise en Charge des Orphelins du Sida (APECOS) hausse le ton. Elle parle d’un avenir incertain si rien n’est fait à l’immédiat. « Le monde étant secoué par la crise de financements au VIH, nous ne sommes pas épargnés, et nos bénéficiaires vont surement en subir les conséquences. Nous nous inquiétons pour la situation et craignons le pire. Un risque catastrophique est prévisible parce qu’il va y avoir des morts. D’après les informations sur ce qui se passe dans d’autres pays où il y a eu coupure de financements des ARVs, il y a eu beaucoup de morts. Donc, nous aussi, nous craignons que cela arrive. Que Dieu nous de ce scenario épargne dans notre pays, le Burundi », laisse entendre Sandino Bizimana, coordinateur du centre.

Selon lui, la paralysie des activités d’encadrement des jeunes séropositifs comme Akissa mérite une attention particulière. « La baisse de financements extérieurs intervient dans un contexte particulièrement préoccupant pour les jeunes majoritairement désœuvrés. Or, à l’APECOS, ce sont ces financements nous avaient permis d’amener certains d’entre à la résilience et à l’espoir » indique M. Bizimana.
Il fait allusion au bon nombre d’activités génératrices de revenus initiées ici et là dans les zones d’interventions, ce qui avait amené les jeunes à l’autonomisation et à résister à toute forme d’exploitation sexuelle. C’est le cas notamment des jeunes qui, a-t-on constaté dans les quartiers du sud de la capitale économique Bujumbura, fabriquent de beignets, vendent du lait dans les cafétérias…, mais qui risquent de n’en être plus capables.
Vu que le taux de nouvelles infections en 2025 a suivi une courbe ascendante, le coordinateur de l’APECOS est sans détour. Il plaide pour un appui permanant de la part des décideurs publics et des partenaires du Burundi pour éviter que des gens mal intentionnés ne profitent de la précarité des jeunes conduisant à l’exploitation sexuelle, la consommation abusive des stupéfiants, une voie rapide vers contamination, faisant entendre que lutter contre la pauvreté et le désœuvrement, est selon lui synonyme de lutter contre le VIH /SIDA.
Avec un risque évidant des infections opportunistes, le CAPES+, le collectif des Associations des personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA, recommande le renforcement de l’équilibre alimentaire, notamment la dotation aux mères séropositives allaitantes des suppléments et de l’assistance en vivres, c’est-à-dire une alimentation riche en protéines et vitamines, conseillée dans la prise de médicaments antirétroviraux (ARV) et de Bactrim, afin de garder une santé saine dans le contexte présent.
Le collectif tend la main au ministère en charge de la lutte contre le Sida, appelant à ne ménager aucun effort pour sauver des vies. Il se montre toutefois confiant qu’à l’horizon 2030 le VIH/Sida sera maitrisé comme prévu. Malgré cet optimisme, lors des cérémonies de célébration de la journée mondiale dédiée à la lutte contre le sida qui ont eu lieu en commune Mpanda de la province Bujumbura en décembre 2025, le président du collectif Hamza Venant Burikukiye a alerté : « Rien ne sera étonnant si le contexte de baisse de financement fasse éveiller les vieux démons où les personnes infectées étaient objet de discrimination et de rejet social. Nous exhortons plutôt ceux-là toujours animés de cet esprit à rompre avec cette pratique ».
Il a ainsi appelé à la mise à jour de La loi n° 1/018 du 12 mai 2005 portant protection juridique des personnes infectées par le virus de l’immunodéficience humaine et des personnes atteintes du syndrome de l’immunodéficience acquise .
Dans le même ordre d’idée, le CAPES+ regrette un projet mort- né qui envisageait l’affiliation de plus de mille séropositives des provinces Gitega et Karusi aux mutualités de santé communautaire sans que les bénéficiaires en sachent même le motif.
Il qualifie cela de la trahison des malades qui ne savent plus à quel saint se vouer dans le contexte de coupure d’assistance. Ainsi, le collectif appelle au Ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida à saisir la balle au bond pour l’épanouissement et pour l’autonomisation des personnes vivant avec le VIH/Sida, tout en invitant les membres à la retenue et à l’espoir pour tenter de surmonter les défis.
En novembre 2025, l’Association Nationale de Soutien aux Séropositifs et malades du sida (ANSS), parlait de la fermeture des projets essentiels au service des séropositifs dont celui dénommé « Ngirankabandi, » une suspension intervenue au lendemain de la clôture d’un projet de l’International Center for AIDS Care and Treatment Program (ICAP) soutenu par l’USAID dans le renforcement du système de santé, lequel projet avait apporté une bouffée d’oxygène à plus de 23 000 personnes sous traitement ARV dans 188 centres de santé, avec une suppression virale atteignant 95 %.
En conséquence, la représentante légale Jeanne Gapiya a au cours d’une conférence de presse confié aux journalistes que le pays connaît du recul en matière de lutte contre le Sida car, s’est-t-elle indignée, « les pathologies opportunistes comme la méningite chez les personnes sous traitement réapparaissent, les candidoses aussi réapparaissent ». Elle n’a pas manqué de signaler la contamination chez les jeunes de 14 à 25 ans qui s’accentue, alors que le Centre ne travaille plus comme avant. En effet, il a dû licencier certains employés dans le contexte de baisse de financement.
Le pays sur un plan de réponse
Rappelant que le VIH/Sida est toujours là, la Ministère burundaise de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida Lydwine Baradahana, informe que le gouvernement s’y penche. Le secrétariat exécutif permanant du conseil national de lutte contre le sida (SEP/CNLS) au ministère de tutelle, rassure que l’achat des ARVs se poursuit comme à l’accoutumée.
Par ailleurs, la part du budget national allouée à l’achat des ARVs est allé croissant, par opposition à celle en provenance partenaires. « L’appui du gouvernement reste disponible. Il y a aussi des partenaires qui continuent à s’associer au Burundi pour la lutte contre le VIH. Maintenant, la priorité est mise sur l’achat des ARV.
Toutes les personnes vivant avec le VIH bénéficient des ARVs et vont continuer à en bénéficier parce que c’est une priorité nationale. C’est bien, il y a certains partenaires qui ont cessé de financer et ce n’est pas seulement au Burundi, c’est au niveau de tous les pays africains », renseigne, Dr Jean Baptiste Nzorironkankuze, secrétaire exécutif permettent du conseil.
La ministre de la santé publique ajoute que dans la mesure du possible, le Burundi poursuit sa résistance face à la pandémie. En marge des cérémonies de célébration de la journée mondiale de lutte contre le sida, édition 2025, la ministre Lidwine Baradahana a laissé entendre que dans le cadre de la prévention, le dépistage se fait dans toutes structures sanitaires à travers le pays, que les agents de santés communautaires animent des séances de sensibilisation sur toutes les collines du Burundi.
La ministre Baradahana n’a pas manqué de se réjouir que l’approche de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME) soit désormais répandue dans tous les hôpitaux publics et ceux gérés par des confessions religieuses alors que les centres de prise en charge se multiplient chaque année. Ainsi, a déclaré la ministre de la santé publique : « 1039 structures sanitaires ont déjà intégrés le programme PTME. Nous procédons cette fois-ci à mobilisé les centres de santé privés à nous emboiîter le pas afin que la prévention de la transmission de la mère à l’enfant atteigne un autre niveau. Nous travaillons alors sans relâche pour atteindre les objectifs 95-95-95 dans l’éradication du VIH sida. »
Toutefois, avec la baisse de financements, la Ministère de la santé se dit préoccupée par les nouvelles infections au VIH , en particulier chez les jeunes d’entre 15 et 24 ans, chez les femmes travailleuses de sexe dont le taux de séropositivité s’évaluent à 31 %, mais aussi les jeunes usagers de drogues , surtout les drogues injectables dont l’état de séropositivité est à plus de 10%.
Peu importe les défis du moment, le Gouvernement Burundais s’engage dans une nouvelle dynamique dans les cinq ans à venir. La Ministère situe le centre d’intérêt au suivi des enfants nés de mères séropositives à travers le programme « prévention de la transmission mère-enfant (PTME) , leur assurer une alimentation saine, renforcer la dotation des hôpitaux en médicaments antirétroviraux (ARV) et à la solidarité avec les personnes infectées dans le but d’en finir avec toute forme de discrimination sociale .
Le système onusien s’aligne aux pouvoir publics
En cette période de crise financière, avec la réduction des financements extérieurs et la diminution des apports des grands bailleurs, l’Organisation Mondiale de la Santé juge qu’il est capital de réfléchir à la durabilité de la réponse. Elle a avoué que la communauté internationale doit s’unir pour combler le déficit de financement et aider le pays à combler les lacunes restantes.
« Les Nations unies, en étroite collaboration avec le gouvernement et la société civile et avec l’appui des partenaires encore existants, contribuent toujours à l’élaboration de plans de réponse d’urgence et à la mobilisation conjointe de ressources, tout en veillant à l’intégration du VIH dans toutes leurs interventions, non seulement dans les plans de réponse d’urgence mais aussi dans le programme d’appui conjoint des Nations unies sur le VIH , un programme élaboré de manière participative avec le concours de la partie nationale, des organisations de la société civile, des partenaires au développement et des agences des Nations-Unies au Burundi», a déclaré Marie-Margarète Molnar directrice pays de l’ONSIDA au Burundi.
Selon elle, les Nations unies, avec le Fonds Mondial, soutiennent le Burundi pour l’élaboration de la feuille de route de durabilité de la réponse au VIH. Comme le Burundi fait face à de grands défis et plusieurs crises simultanées, la communauté internationale doit s’unir pour combler le déficit de financement et aider le pays à combler les lacunes restantes.
En 2024, le Burundi était le premier pays de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Centrale dans la riposte contre le VIH/Sida, atteignant ainsi les trois objectifs “95-95-95” de l’ONUSIDA, puisque, le pays a connu 96.1 % des personnes vivant avec le VIH dépistées, 99, 4 % des personnes séropositives sous traitement ARV et 94.5 % avaient une charge virale indétectable selon les données du ministère ayant la santé publique dans ses attributions.
























