Alors que les autorités présentaient 2026 comme une année de concrétisation, la réalité économique et sociale du Burundi reste préoccupante. Inflation persistante, crise du carburant, pénurie de devises, gouvernance fragilisée : le directeur national de l’organisation Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Evolution des Mentalités PARCEM dresse un constat sévère et appelle à une rupture entre les discours officiels et les pratiques sur le terrain.
Selon Faustin Ndikumana, les perspectives annoncées pour 2026 laissaient espérer « une année d’actions concrètes ». Mais la réalité observée reste préoccupante.
« Le constat est amer. Les défis qui hantent notre pays depuis 2024, soit depuis bientôt trois ou quatre ans, sont encore là », déplore-t-il.
L’inflation à deux chiffres continue de frapper durement les ménages, accentuant une paupérisation généralisée. « La population subit de plein fouet la hausse des prix, sans mécanismes efficaces de protection sociale », souligne le directeur de la PARCEM.
La crise du carburant persiste, tout comme la pénurie de devises étrangères. Faustin Ndikumana pointe une situation économique déséquilibrée, marquée par de fortes distorsions sur le marché des changes.
« On observe des écarts de taux du simple au double, ce qui alimente la spéculation et asphyxie l’économie », affirme-t-il.
Les produits de première nécessité se font rares, tandis que de nombreuses petites entreprises publiques et parapubliques peinent à survivre dans un environnement macroéconomique qu’il qualifie de « particulièrement difficile ».
Des conséquences sociales alarmantes
Pour la PARCEM, la crise économique a des répercussions sociales profondes. Le directeur national évoque un exode croissant des jeunes vers l’étranger, en quête de meilleures opportunités.
« Quand les jeunes quittent massivement le pays, c’est le signe d’un profond malaise économique et social », avertit-il.
Il relève également la détérioration continue des services de santé et d’éducation, ainsi que le retard accusé dans les infrastructures structurantes. « Le marché central n’avance pas, la zone économique spéciale reste inexistante, le débit internet est faible et les bâtiments publics se dégradent », énumère-t-il.
Sur le plan de la gouvernance, Faustin Ndikumana se montre particulièrement critique. Malgré les discours officiels sur la lutte contre la corruption, les résultats concrets tardent à se faire sentir.
« Nous avons beaucoup parlé de lutte contre la corruption, mais l’année s’achève dans un climat d’impunité », constate-t-il.
Les dossiers sensibles s’accumulent au niveau judiciaire, sans suites visibles. Les révélations récentes du ministre des Finances, selon lui, ont mis en lumière « la gravité de certaines pratiques » et renforcé le sentiment d’une paralysie institutionnelle.
« Les politiques de prévention annoncées ne sont pas appliquées, notamment dans des dossiers comme la construction des bureaux de zone », ajoute-t-il.
Un paysage politique verrouillé à l’approche des élections
A l’approche des échéances électorales, le directeur de la PARCEM observe une concentration croissante du pouvoir.
« On a l’impression qu’un parti unique cherche à s’imposer comme seul acteur politique », analyse-t-il.
Deux scénarios se dessinent alors, selon lui : « Soit le pays continue de s’enfoncer dans une concentration excessive du pouvoir, soit il opère une rupture pour s’engager sur une nouvelle trajectoire ». Une rupture qu’il juge encore incertaine à ce stade.
Faustin Ndikumana reconnaît que des documents de stabilisation macroéconomique et de lutte contre la corruption ont récemment été élaborés. Mais il reste sceptique quant à leur impact réel.
« Les documents existent, les orientations sont là, mais les pratiques persistent et freinent toute avancée », regrette-t-il.
Pour lui, le problème central réside dans le décalage entre la politique formelle et la politique informelle. « On ne peut plus se contenter de textes bien rédigés si, sur le terrain, rien ne change », insiste-t-il.
La PARCEM appelle ainsi à un tournant majeur. « La rupture doit devenir une réalité et une priorité », martèle Faustin Ndikumana. Selon lui, le plaidoyer ne doit plus porter sur l’adoption de nouvelles lois, mais sur leur application effective.
« L’enjeu majeur est désormais de rapprocher le formel de l’informel, de faire coïncider les discours avec les actes », conclut-il.
Sans ce changement profond, avertit-il, « les écarts entre les promesses et la réalité continueront de freiner le développement du pays ».
























