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Vingt ans de pouvoir, mais toujours en quête de démocratie : le regard critique de la PARCEM

Malgré les espoirs nés des accords d’Arusha et deux décennies de gouvernance du CNDD-FDD, le Burundi continue de subir l’héritage de décennies de crises. Faustin Ndikumana, directeur de la PARCEM, livre un constat sévère et appelle à une refondation démocratique.

Faustin Ndikumana, directeur national de l’organisation PARCEM (Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Évolution des Mentalités), a livré une analyse sans concession sur l’histoire récente du Burundi et les 20 ans de gouvernance du CNDD-FDD. Selon lui, la défense des droits humains reste une lutte essentielle contre l’abrogation de la liberté d’expression et contre la fragilité persistante des institutions démocratiques.

« La défense des droits de l’homme est une forme de lutte contre l’abrogation du droit d’expression », a-t-il rappelé, soulignant que cette bataille concerne autant le présent que l’avenir du pays.

Des crises à répétition depuis l’indépendance

Ndikumana a replacé l’actualité burundaise dans le contexte plus large du continent africain, où « presque tous les pays ont connu des crises politiques ayant entraîné des guerres, des génocides, des déplacements massifs de réfugiés et un lourd impact sur les processus de transformation et de développement économique ».

Revenant sur l’histoire du Burundi, il rappelle que l’indépendance de 1962 fut célébrée dans un climat déjà instable, marqué par l’assassinat d’acteurs majeurs, notamment le président de la République, ce qui a ouvert une crise de succession. Entre 1962 et 1966, l’instabilité gouvernementale fut chronique : la durée moyenne d’un gouvernement ne dépassait pas sept mois.

Les décennies suivantes ont été jalonnées de violences et de crises successives. En 1965, le Burundi a connu l’assassinat du Premier ministre, le massacre de Sangana, des attaques armées ainsi que des massacres interethniques accompagnés de répressions. En 1969, une crise ethnique éclata, suivie en 1971 par des coups d’État militaires. L’année 1972 fut marquée par des massacres de grande ampleur à travers tout le pays. En 1988, de nouvelles tueries massives ont secoué la nation, avant que des attaques armées ne ressurgissent en 1990. Entre 2003 et 2005, une guerre civile de plus de douze ans a profondément bouleversé le pays. Enfin, en 2015, le Burundi a de nouveau sombré dans une crise politique liée à la question du troisième mandat présidentiel.

Un pays longtemps au bord du chaos

Selon le directeur de la PARCEM, ces crises répétitives ont paralysé le développement national. « À certaines époques, on craignait même une somalisation du Burundi », explique-t-il. Le pouvoir n’arrivait plus à garantir la sécurité du pays, tandis que les mouvements rebelles n’étaient pas en mesure de contrôler le territoire. On évoquait alors un véritable chaos, une situation inédite dans l’histoire nationale.

20 ans après l’arrivée du CNDD-FDD

Les accords d’Arusha et les différents processus de dialogue politique ont permis d’éviter l’implosion totale du pays. Toutefois, Faustin Ndikumana estime que les défis restent considérables : « 20 ans après l’accession du CNDD-FDD au pouvoir, le Burundi reste marqué par des séquelles profondes des crises passées. Le pays a encore besoin de renforcer la gouvernance démocratique, le respect des droits humains et la stabilité politique ».

Il conclut en appelant à une implication collective : citoyens, organisations de la société civile, autorités locales et gouvernement doivent travailler main dans la main pour sortir définitivement le pays du cycle de crises et ouvrir une nouvelle ère de développement inclusif.

Journaliste reporteur , fact-checker, créateur de contenus, responsable des réseaux sociaux à la Radio Indundi Culture, et contributeur wikimedien

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