Au cœur de l’ouest burundais, la forêt millénaire de la Kibira s’impose comme un trésor naturel et culturel d’exception. Couvrant 40 000 hectares, ce vaste sanctuaire vert n’est pas seulement un refuge de biodiversité rare ; il est aussi, selon les traditions locales, une « maison de Dieu » où générations de familles ont cherché bénédictions, guérisons et protection. Ici, chaque arbre semble raconter une histoire, chaque rivière murmure le passé des habitants. Entre charme écologique, héritage spirituel et attractivité touristique grandissante, la Kibira joue un rôle central pour le climat, l’eau… et pour l’identité humaine du Burundi.
Située à l’ouest du pays, la forêt de la Kibira s’étend sur 120 kilomètres à pied, constituant l’un des plus grands poumons verts du Burundi. Pour M. Niburana Deusdedit, guide touristique au parc national de la Kibira, cette forêt n’est pas seulement un joyau naturel, mais un témoin vivant de la mémoire et de la culture burundaise.
« La forêt de la Kibira était autrefois considérée comme le palais de Dieu. Les habitants venaient y demander des bénédictions, et beaucoup témoignent encore aujourd’hui de miracles et de guérisons », raconte M. Deusdedit avec émotion. Les lieux sacrés, comme la grotte d’Inengurire, attiraient autrefois des fidèles de toute la région, certains parcourant des jours entiers à pied pour y trouver santé, protection ou prospérité.
Une biodiversité qui touche l’âme
La Kibira abrite une faune et une flore exceptionnelles. Selon le guide, la forêt compte 6 à 8 espèces de plantes principales, ainsi qu’une richesse d’espèces inférieures comme les mousses, les champignons et les lichens. Parmi les animaux, le chimpanzé captive le regard des visiteurs, tandis que le babouin et la cercopithèque diadème ajoutent au charme vivant de la forêt. On y rencontre également le potamochère et plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux, certains endémiques et fragiles.
« La Kibira n’est pas seulement belle, elle est vitale : elle régule le climat, fournit 90 % de l’eau du pays et irrigue les terres agricoles. Les habitants le savent, et beaucoup racontent comment leurs récoltes dépendent de cette forêt », ajoute M. Deusdedit, montrant que la forêt est au cœur de la vie quotidienne et de l’histoire des Burundais.
Un patrimoine sacré à préserver
La dimension sacrée de la forêt est profondément ancrée dans les mentalités. Toute coupe d’arbre ou destruction de la forêt était autrefois perçue comme un acte grave, menaçant le monde lui-même. Les lois traditionnelles protégeaient le lieu et interdisaient d’y enterrer des êtres humains, afin de respecter la sacralité de la Kibira.
Aujourd’hui encore, la forêt attire touristes et chercheurs. Les plantations de thé de Teysa offrent un paysage verdoyant qui contraste et complète la beauté naturelle de la forêt, offrant aux visiteurs une immersion à la fois humaine et écologique.
Deusdedit lance un appel vibrant : « Chaque Burundais, où qu’il vive, doit sentir cette forêt comme une part de lui-même. Protéger la Kibira, ce n’est pas seulement protéger des arbres ou des animaux, c’est préserver notre histoire, nos ancêtres et notre avenir. »
La forêt de la Kibira est bien plus qu’un simple espace naturel. C’est un sanctuaire écologique et spirituel, un lieu où la nature et l’homme se rencontrent, où chaque pas raconte une histoire. Sa protection est cruciale, et la visite de ses sentiers offre une expérience profondément humaine, riche en émotions et en souvenirs.

























