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Burundi : l’importation des engrais chimiques autorisée sous conditions, la société civile dénonce un risque d’oligopole

Le gouvernement burundais autorise certaines coopératives agricoles et les exploitants de grandes superficies à importer des engrais chimiques, sous réserve d’une autorisation préalable. Alors que cette mesure intervient dans un contexte de pénurie persistante de fertilisants, la PARCEM dénonce un risque de concentration des privilèges d’importation entre les mains d’un nombre limité d’acteurs, tandis que l’APRODECO salue les initiatives visant à soutenir le secteur agricole.

Le gouvernement burundais ouvre la voie à l’importation de certains fertilisants organo-minéraux, mais sous conditions. Cette possibilité est réservée aux producteurs regroupés en coopératives et aux exploitants de grandes superficies. Dans un communiqué signé ce mercredi, la ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, Calinie Mbarushimana, précise que toute importation doit faire l’objet d’une autorisation préalable du ministère de tutelle, avec indication des quantités et des types d’engrais concernés. Certains fertilisants sont autorisés, tandis que l’importation de substances liquides reste interdite, quel qu’en soit le type.

Le ministère de l’Agriculture autorise ainsi certaines catégories d’agriculteurs à importer des engrais chimiques, alors que l’approvisionnement en intrants agricoles pose problème depuis plusieurs années dans le pays.

Depuis ce mercredi 21 octobre 2026, les agriculteurs exploitant de grandes superficies ou ceux regroupés en coopératives peuvent importer des engrais chimiques, à condition d’obtenir une autorisation préalable, selon le communiqué de la ministre Calinie Mbarushimana.

Toujours selon ce communiqué, les demandeurs doivent préciser, dans leur lettre de demande d’autorisation, le type d’engrais qu’ils souhaitent importer, la quantité en kilogrammes ou en tonnes, ainsi que le pays d’origine des produits.

Cette autorisation d’importer des engrais chimiques intervient après qu’au début du mois d’octobre 2026, le chef de l’État, Évariste Ndayishimiye, a autorisé la fabrication d’engrais biologiques par tout producteur disposant des capacités nécessaires.

Malgré ces mesures, les difficultés d’approvisionnement en fertilisants persistent. Les autorités ont, à plusieurs reprises, appelé la population à s’investir davantage dans l’agriculture, alors que le manque d’intrants demeure un obstacle majeur à la production agricole.

Le communiqué du ministère précise également les types d’engrais dont l’importation est autorisée. Il s’agit notamment des engrais DAP, de l’urée, du KCl, ainsi que des engrais similaires aux produits Fomi Imbura, Fomi Bagara et Fomi Totahaza.

Toutefois, cette mesure suscite des réactions divergentes au sein des organisations de la société civile.

Pour l’organisation Parole et action pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités (PARCEM), cette décision risque de maintenir une concentration du pouvoir d’approvisionnement en fertilisants entre les mains d’un nombre limité d’acteurs, en raison des conditions imposées pour obtenir l’autorisation d’importation.

« Nous constatons que nous venons de quitter le monopole, qui s’était révélé inefficace, pour évoluer vers une sorte d’oligopole : une poignée d’hommes qui pourront avoir accès à ce privilège d’importation des engrais chimiques », a déclaré ce jeudi Faustin Ndikumana, directeur national de cette organisation.

« Être un grand propriétaire foncier, cela signifie posséder combien d’hectares ? Cela prouve qu’une poignée d’hommes politiques du sommet de l’État veulent accéder seuls à ce privilège », estime M. Ndikumana.

Selon lui, autoriser les coopératives à importer ces engrais revient également à accorder un privilège aux coopératives Sangwe, qu’il estime être encadrées par le parti au pouvoir, le CNDD-FDD.

Le responsable de PARCEM considère que le gouvernement devrait plutôt autoriser les opérateurs économiques disposant de l’expérience nécessaire à importer ces fertilisants.

« Pourquoi ne pas laisser les opérateurs économiques qualifiés, expérimentés depuis longtemps et maîtrisant toutes les procédures d’importation des engrais, qui disposent de divers fournisseurs et pourraient effectuer ce travail plus facilement dans l’intérêt général du pays ? », a-t-il demandé.

De son côté, l’Association pour la promotion du développement communautaire (APRODECO) salue les mesures prises par le gouvernement pour redresser le secteur agricole burundais, selon Emmanuella Irakoze.

Depuis plusieurs années, les agriculteurs burundais font face à une pénurie de fertilisants, malgré le paiement des avances exigées par le ministère de l’Agriculture à chaque saison culturale. Dans de nombreux cas, ils ne reçoivent pas les quantités d’engrais souhaitées.

Cette insuffisance d’approvisionnement a notamment conduit le gouvernement à décider du remboursement des frais versés par les agriculteurs pour la saison culturale B de 2026.

Si elle est mise en œuvre efficacement, l’importation des fertilisants pourrait contribuer à répondre à la demande nationale et à soutenir la production agricole. Elle intervient dans un contexte où l’usine locale FOMI demeure un acteur majeur du secteur, sans avoir jusqu’ici réussi à satisfaire l’ensemble des besoins des agriculteurs. Cette incapacité à répondre à la demande est notamment attribuée au manque de devises.

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