Au Centre CELAB de l’Université du Burundi, des étudiants venus de différentes universités et instituts supérieurs ont troqué, le temps d’un concours, les bancs de l’université contre des situations de conflit fictives. Face à des cas pratiques, ils ont dû réfléchir, analyser et proposer des réponses en s’appuyant sur les règles du droit international humanitaire. Une expérience qui veut les préparer aux responsabilités qui les attendent demain.
Venus de plusieurs universités privées et publiques, de l’Institut supérieur des cadres militaires et de l’Institut supérieur de police, les participants ont été placés devant des cas fictifs inspirés de situations auxquelles les acteurs humanitaires peuvent être confrontés sur le terrain.
L’objectif n’était pas seulement de savoir réciter des règles juridiques. Il fallait surtout savoir les appliquer.

Pour Pierre Dushimirimana, chargé du département Communication et Prévention au sein du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Burundi, cette approche pratique permet aux étudiants de mieux comprendre la portée concrète du droit international humanitaire.
« Ils vont concourir sur les règles du droit international humanitaire à travers des cas fictifs et d’autres exercices portant sur des cas concrets et pratiques qui appellent à une action humanitaire. »
Derrière les règles, des vies humaines
Le droit international humanitaire peut parfois sembler lointain, enfermé dans des conventions, des protocoles et des textes juridiques. Pourtant, derrière chacune de ces règles se trouvent des personnes : des civils, des blessés, des malades, des détenus ou encore des personnels de santé.
C’est cette dimension humaine que le concours cherche à faire comprendre aux futurs professionnels.
« Les premières règles sont celles qui doivent protéger la population civile, c’est-à-dire la population qui ne participe pas aux hostilités », rappelle Pierre Dushimirimana.
La protection ne s’arrête pas aux civils. Elle concerne également les combattants qui ne peuvent plus prendre part aux hostilités parce qu’ils sont blessés, malades ou qu’ils se sont rendus.
Dans les situations de guerre, les infrastructures sanitaires et les personnes qui portent secours aux victimes doivent également être protégées.
« Il existe également d’autres règles essentielles, notamment celles relatives à la protection des infrastructures sanitaires, des ambulanciers et, en tout cas, à la protection de la mission médicale », précise-t-il.
Des étudiants qui seront demain aux responsabilités
Le choix de cette catégorie de participants n’est pas anodin. Beaucoup de ces étudiants sont appelés à devenir juristes, magistrats, responsables publics, militaires ou cadres dans différentes institutions.
Pierre Dushimirimana estime qu’ils représentent les futurs décideurs capables de contribuer à la promotion et à la mise en œuvre du droit international humanitaire.
« Bientôt, ils seront diplômés et deviendront les futurs décideurs de demain. »
C’est donc maintenant, sur les bancs de l’université, que se construit une partie de leur capacité à comprendre les situations de crise et à y répondre avec humanité.
Le CICR espère d’ailleurs que l’expérience ne restera pas limitée aux seuls étudiants ayant participé au concours. L’organisation souhaite voir les connaissances acquises se diffuser progressivement dans les universités et toucher d’autres facultés.
« On s’attend d’abord à ce que les étudiants participants renforcent leurs connaissances en droit international humanitaire et en action humanitaire », explique Pierre Dushimirimana.
L’université comme espace de réflexion sur la guerre et la paix
Pour Kedir Awol Omar, chef de la délégation régionale du CICR, basée à Kampala, en Ouganda, l’enjeu est plus large que la simple connaissance des textes.
« La diffusion du DIH ne consiste pas uniquement à transmettre un corpus de règles juridiques. Elle vise aussi à développer une capacité d’analyse critique des conflits armés, à mieux comprendre les impératifs de protection des personnes affectées, et à promouvoir la culture de la dignité humaine. »
Dans cette vision, l’université devient un lieu où l’on apprend non seulement le droit, mais où l’on réfléchit également aux conséquences humaines des conflits.
Un étudiant qui comprend le DIH ne doit donc pas seulement savoir ce qu’autorise ou interdit une convention. Il doit aussi être capable de mesurer ce que représente une décision pour une personne prise dans une situation de violence.
Kedir Awol Omar voit ainsi la communauté universitaire comme un acteur important dans la réflexion sur l’avenir du DIH.
« La communauté universitaire a naturellement un rôle à jouer par la recherche, l’enseignement, le débat académique et la réflexion critique. L’université peut nourrir les discussions sur l’avenir du DIH et sur les moyens de renforcer son respect. »
« Demain, ils seront des dirigeants du pays »
Du côté du ministère de l’Éducation, en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, l’initiative est également perçue comme un investissement dans la formation des futurs responsables.

Dr Claver Nijimbere, directeur général au ministère, insiste sur l’importance de renforcer les partenariats entre les universités et le CICR afin de développer davantage les connaissances relatives au droit international humanitaire.
« Au niveau du ministère, nous avons des partenaires, notamment le CICR, qui constatent qu’au niveau de nos universités, nous avons encore besoin de renforcer ces connaissances. C’est pour cela que nous avons demandé que ces partenariats soient renforcés. »
Pour lui, les étudiants qui participent à ce type de formation doivent comprendre qu’ils ont désormais une responsabilité particulière.
« Nos étudiants sont aujourd’hui sur les bancs de l’école. Demain, ils seront des dirigeants du pays. Après-demain, ils seront peut-être des agents du CICR n’importe où dans le monde. »
Cette responsabilité dépasse donc les résultats du concours. Elle se mesure dans la manière dont les connaissances acquises seront utilisées plus tard, face à des situations réelles.
Faire vivre les connaissances au-delà du concours
Le ministère souhaite également que les enseignements tirés de cette expérience puissent contribuer à l’évolution des programmes universitaires. Des points focaux présents dans les différentes universités pourraient notamment permettre d’identifier les besoins et les éventuelles lacunes dans les formations.
« Nos offres de formation doivent également évoluer avec les exigences de la société », rappelle Dr Claver Nijimbere.
Mais pour lui, la première responsabilité revient aux étudiants eux-mêmes. Ils sont invités à faire la différence entre avoir simplement suivi une formation et avoir réellement intégré ses enseignements.
« Il serait aberrant et incompréhensible de voir qu’un étudiant qui vient de suivre une telle formation de trois jours puisse se comporter de la même manière qu’un étudiant qui n’a pas eu cette chance. »
L’espoir du CICR et de ses partenaires est que les étudiants repartent non seulement avec de nouvelles connaissances, mais aussi avec un regard différent sur les conflits et sur les personnes qui en subissent les conséquences.

























