Sur les rives des lacs burundais, les déchets, les eaux usées et l’érosion ne menacent pas seulement l’environnement. Ils touchent aussi les populations qui dépendent de ces eaux pour vivre. À Bujumbura, des experts et des acteurs de la protection de l’environnement appellent à des mesures urgentes pour préserver ces ressources.
Une bouteille en plastique abandonnée sur une rive, des eaux usées qui s’écoulent vers un lac ou encore de la terre emportée par les pluies peuvent sembler être de petits gestes ou de petits phénomènes isolés. Pourtant, accumulés au fil du temps, ils fragilisent les lacs et les populations qui vivent de leurs ressources.
C’est l’un des constats qui ressort de la rencontre consacrée à l’importance des lacs au Burundi, organisée le 25 août 2026 à l’Hôtel Source du Nil, à Bujumbura, à l’approche de la Journée internationale des lacs, célébrée le 27 août.
Quand la dégradation du lac devient une affaire de vie quotidienne
Au Burundi, les lacs ne sont pas seulement des étendues d’eau sur une carte. Ils font partie du quotidien de nombreuses communautés. La pêche, l’agriculture et d’autres activités économiques dépendent directement ou indirectement de ces ressources.
Lorsque les eaux se dégradent, ce sont donc aussi les moyens de subsistance des populations qui peuvent être affectés.
Lors de la rencontre, Jean Nepomusene Sindayihebura, enseignant universitaire et spécialiste des relations internationales, qui a également mené des recherches sur la protection du lac Tanganyika, a présenté la situation des lacs burundais et les menaces qui pèsent sur eux.
Le Burundi compte plusieurs lacs. Outre le lac Tanganyika, d’autres se trouvent dans différentes régions du pays, notamment dans la province de Butanyerera, dans la commune de Kirundo et dans d’autres localités.
Ces lacs constituent des ressources importantes pour les populations et jouent également un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes.
Mais cette richesse naturelle est aujourd’hui confrontée à plusieurs dangers.
Des déchets qui finissent dans l’eau
Parmi les menaces évoquées figurent les déchets domestiques, les eaux usées et les rejets provenant de certaines activités industrielles.
Plastiques, bouteilles et autres détritus abandonnés sur les rives peuvent être entraînés dans les eaux. Les eaux usées provenant des ménages et des habitations constituent également une source de pollution, notamment lorsque les systèmes d’évacuation sont insuffisants.
À cette pollution s’ajoutent les produits utilisés dans les champs. Lorsque la pluie tombe, les pesticides et les engrais chimiques peuvent être entraînés vers les cours d’eau et les lacs.
Pour les populations qui utilisent ces ressources, la pollution du lac n’est donc pas une question uniquement environnementale. Elle peut devenir une question de santé, de revenus et de survie économique.
L’érosion emporte aussi la terre vers les lacs
La pression exercée sur les lacs ne vient pas uniquement des déchets.
La déforestation et les mauvaises pratiques agricoles sur les collines favorisent l’érosion. Pendant les pluies, la terre et le sable sont emportés vers les zones basses avant de finir dans les lacs.
À cela s’ajoutent les constructions réalisées trop près des rives, certaines pratiques de pêche peu respectueuses de l’environnement et la dégradation des forêts riveraines.
Or, ces forêts constituent une protection naturelle. Elles contribuent à stabiliser les sols, à réduire l’érosion et à préserver les rives.
Lorsque cette protection disparaît, les lacs deviennent encore plus vulnérables.
Face à cette situation, les participants à la rencontre — responsables politiques, organisations de la société civile, universitaires, associations environnementales et représentants de différents services de l’État — estiment qu’il faut agir rapidement.
Parmi les mesures proposées figurent l’interdiction des constructions trop proches des rives, une meilleure gestion des eaux usées domestiques et des actions plus fermes contre le dépôt des déchets dans les eaux.
La plantation d’arbres et la restauration des zones dégradées autour des lacs sont également recommandées.
Dans les champs, les participants appellent à une utilisation plus responsable des engrais et des pesticides. Dans le secteur de la pêche, ils recommandent aussi de promouvoir des pratiques respectueuses de l’environnement.
Protéger le lac, c’est aussi protéger ceux qui en dépendent
Les experts insistent également sur la nécessité de contrôler régulièrement la qualité de l’eau. Cette surveillance permettrait de mieux détecter les changements et d’intervenir avant que la pollution ne s’aggrave.
Mais les solutions ne reposent pas uniquement sur les autorités.
La population doit elle aussi être sensibilisée à l’importance des lacs et aux conséquences des comportements qui contribuent à leur dégradation. Les participants demandent ainsi un renforcement de l’éducation environnementale et une application effective des lois contre les personnes qui polluent les lacs.
Pour le lac Tanganyika, la réponse dépasse même les frontières burundaises. Sa protection nécessite une coopération entre les différents pays riverains.
À la veille de la Journée internationale des lacs, l’alerte lancée à Bujumbura rappelle une réalité simple : protéger un lac, ce n’est pas seulement protéger de l’eau et des poissons. C’est aussi protéger les personnes qui vivent autour de lui, leurs activités et leurs moyens de subsistance.
La question est désormais de savoir si les recommandations formulées lors de cette rencontre pourront se traduire en actions concrètes sur le terrain.
Car derrière chaque rive envahie par les déchets, chaque parcelle de forêt disparue et chaque tonne de terre emportée par l’érosion, ce sont aussi des communautés qui voient progressivement leur environnement et leurs ressources se transformer.
























