À l’ère de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les médias sont appelés à jouer un rôle accru dans la transformation de l’agriculture burundaise et dans l’accompagnement des producteurs vers les marchés africains. Le rôle des journalistes et des médias était au cœur des échanges lors de la sixième journée de la cinquième édition de la Semaine du Forum économique 2026.
Placée sous le thème « À l’ère de la ZLECAf, le rôle des médias dans la valorisation des opportunités agricoles et économiques au Burundi », cette journée a réuni différents acteurs des secteurs agricole, économique et médiatique autour de deux panels.
Dans son discours, Jean-Claude Nizigiyimana, assistant du ministre en charge de la Communication, a souligné l’importance du thème consacré à la construction d’un nouveau récit sur l’agriculture burundaise.
« Cette journée, à l’ère de la ZLECAf, revêt une importance particulière », a-t-il déclaré, avant de rappeler que l’agriculture reste au cœur de l’économie du pays.
Selon lui, ce secteur joue un rôle essentiel dans la création d’emplois, l’amélioration des revenus, la sécurité alimentaire, la transformation industrielle et le développement des exploitations agricoles.
Avec l’intégration progressive du Burundi dans une dynamique commerciale continentale, le pays doit davantage valoriser son potentiel agricole, améliorer la qualité et la compétitivité de ses produits et rechercher de nouveaux débouchés sur les marchés africains.
Dans cette perspective, l’assistant du ministre estime que les médias ne peuvent pas rester de simples observateurs. Leur travail d’information peut contribuer à faire connaître les opportunités offertes aux producteurs, mais aussi à changer la manière dont l’agriculture est perçue par la population, particulièrement par les jeunes.
De la houe au business plan : changer l’image de l’agriculture
Le premier panel, intitulé « De la houe au business plan : comment les médias peuvent être un levier de transformation de l’agriculture de subsistance en une agriculture entrepreneuriale », s’est intéressé à la manière dont le traitement médiatique peut contribuer à faire évoluer l’image du secteur agricole.
Pour le professeur El Moussaoui Hicham, une partie importante des reportages continue de présenter l’agriculture principalement sous l’angle de la subsistance. Une représentation qui, selon lui, peut contribuer à donner une image peu attractive du secteur auprès des jeunes.
« La majorité des reportages présente l’agriculture comme une agriculture de subsistance. Cela démotive les jeunes, qui finissent par la considérer comme une activité réservée aux pauvres », a-t-il expliqué.
Pour cet enseignant, l’enjeu consiste désormais à mettre davantage en avant la création de valeur, l’entrepreneuriat et les possibilités économiques offertes par l’agriculture.
« Ce qui est important, c’est d’ajouter de la valeur », a-t-il insisté, estimant que cette approche pourrait contribuer à encourager davantage les jeunes à investir dans le secteur.
Il considère d’ailleurs que la jeunesse constitue un élément central de l’avenir de l’agriculture burundaise.
De son côté, Clovis Irubuntu, cadre de l’ADB chargé de la communication, a insisté sur les besoins auxquels les producteurs sont confrontés. Il a notamment mis en avant la nécessité de renforcer les compétences des journalistes afin qu’ils soient mieux outillés pour traiter les questions liées à l’agriculture, aux marchés et aux chaînes de valeur.
ZLECAf : informer les producteurs pour accéder aux marchés
Le deuxième panel était consacré au thème « Mode d’emploi ZLECAf : les médias comme guide des producteurs vers la conquête des marchés africains ».
Pour Onésime Niyukuri, porte-parole du ministère en charge du Commerce, la ZLECAf constitue un espace où se rencontrent l’offre et la demande à l’échelle du continent.
« La ZLECAf est un marché africain, là où il y a l’offre et la demande, où le producteur et le consommateur se rencontrent », a-t-il expliqué.
Mais accéder à ce marché suppose également de connaître les exigences administratives, commerciales et techniques qui encadrent les échanges.
Benjamin Kuriyo, directeur exécutif du magazine Jimbere, estime ainsi que les producteurs ont besoin d’informations pratiques sur les conditions d’accès aux marchés.
Il cite notamment la nécessité de connaître les documents et exigences applicables, tels que le code ou le numéro d’identification fiscale (NIF), ainsi que les autres éléments liés à la chaîne de valeur.
L’information devient donc un outil permettant au producteur de mieux comprendre les règles du commerce régional et de préparer son produit à la commercialisation.
Certification et normes, des informations essentielles
Pour Charles Makoto, directeur de la Radiotélévision Isanganiro, les médias doivent être considérés comme des acteurs à part entière dans ce processus.
Dans le même sens que les autres intervenants, il a insisté sur l’importance de la certification et de la connaissance des normes applicables aux produits destinés aux marchés africains.
« Celui qui connaît les normes, celui qui a de l’information, a déjà la moitié de ce qu’il doit gagner », a-t-il affirmé.
L’idée défendue lors de ce panel est que le rôle des médias ne devrait pas se limiter à présenter les produits agricoles ou à relayer les activités des producteurs. Ils peuvent également contribuer à expliquer les règles, les procédures et les opportunités liées aux marchés régionaux et continentaux.
Le numérique pour rapprocher les producteurs de l’information
L’accès à l’information passe également par les infrastructures numériques. Bienvenue, représentant du SETIC, a souligné l’importance de la connectivité dans la diffusion de l’information économique et commerciale.
Il a rappelé les efforts engagés pour accroître la couverture de l’Internet, notamment de la 4G dans les zones rurales, afin de faciliter l’accès de la population à l’information.
Pour les participants, l’amélioration de l’accès au numérique peut ainsi permettre aux producteurs de mieux s’informer sur les marchés, les prix, les normes et les opportunités commerciales offertes par la ZLECAf.
Au terme des échanges, un constat se dégage : pour que les producteurs burundais puissent davantage tirer profit du marché continental, l’information doit accompagner la production. Dans cette chaîne, les médias sont appelés à contribuer non seulement à la visibilité des produits agricoles, mais aussi à la compréhension des règles et des opportunités qui permettent de passer de la production destinée à la subsistance à une agriculture davantage tournée vers l’entrepreneuriat et les marchés.

























