Lors du récent Congrès national du parti au pouvoir, une proposition appelant à interdire formellement le port de téléphones portables aux fonctionnaires et travailleurs a été évoquée avec insistance par le président de la République Evariste Ndayishimiye. Une mesure qui, selon Faustin Ndikumana, directeur national de l’organisation PARCEM, mérite une analyse plus approfondie au regard du contexte socio-économique actuel.
Pour cet expert de la gouvernance économique, la situation que traverse la population burundaise est déjà marquée par de fortes tensions. Il cite notamment une inflation persistante, particulièrement sur les produits alimentaires, qui accentue l’insécurité alimentaire au sein des ménages. À cela s’ajoutent la crise du carburant, la rareté du charbon, le manque d’engrais, ainsi que les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité.
Selon lui, ces déséquilibres contribuent également à fragiliser les conditions de vie et de santé de la population, dans un contexte où l’accès aux médicaments et aux devises demeure limité.
Dans ce cadre, Faustin Ndikumana s’interroge sur la portée réelle d’une telle mesure : peut-elle être considérée comme une réponse “spectaculaire” ou “extraordinaire” face à une crise multidimensionnelle qui continue de s’aggraver ?
Sur le plan de la gestion administrative, il rappelle toutefois que la question de l’usage du téléphone en milieu professionnel n’est pas nouvelle. Dans la fonction publique, il est déjà recommandé de limiter les distractions et de respecter le temps de travail, des consignes régulièrement rappelées à travers des sensibilisations internes.
Cependant, il estime nécessaire de nuancer une interdiction généralisée. Pour lui, la communication constitue un outil indispensable, notamment pour les agents déployés sur le terrain. Il en va de même pour les autorités publiques, qui ont une obligation de redevabilité envers les citoyens et doivent rester accessibles.
Le responsable de PARCEM souligne également la diversité des fonctions au sein de l’administration publique. Du président de la République aux ministres, en passant par les généraux, directeurs généraux, militaires, policiers, journalistes ou enseignants, tous utilisent le téléphone dans l’exercice de leurs missions. Une interdiction uniforme pourrait donc s’avérer difficile à appliquer et peu réaliste.
Faustin Ndikumana met également en lumière les dysfonctionnements structurels de la fonction publique, évoquant notamment des cas d’agents sous-occupés, des recrutements parfois influencés par des considérations politiques, ainsi que des retards dans le déblocage budgétaire qui freinent l’efficacité administrative.
Sur le plan socio-économique, il insiste aussi sur la question des salaires. Selon lui, de nombreux fonctionnaires perçoivent des rémunérations insuffisantes face au coût élevé de la vie, incluant le logement, l’alimentation, le transport, l’énergie et les besoins essentiels des familles. Dans ces conditions, il estime difficile de demander aux agents de l’État de ne pas chercher des sources de revenus complémentaires.
Enfin, Faustin Ndikumana met en garde contre les discours contradictoires qui, d’un côté, encouragent la diversification des revenus des fonctionnaires, tout en restreignant, de l’autre, certains outils de travail ou de communication.
Pour lui, qualifier une telle mesure de simple “gesticulation” visant à afficher une volonté de réforme serait réducteur. Les défis actuels, conclut-il, nécessitent plutôt des solutions structurelles, cohérentes et durables, capables d’apporter des réponses réelles aux problèmes de gouvernance et aux difficultés socio-économiques du pays.

























