Fuyant les violences en République démocratique du Congo, des milliers de réfugiés ont trouvé refuge dans les camps de Busuma et de Musenyi, dans l’est du Burundi. Au-delà de l’eau, des latrines et des soins, un autre besoin s’impose au quotidien : rester en contact avec ceux qui sont restés au pays. Grâce aux services de la Croix-Rouge du Burundi et du CICR, recharger un téléphone ou passer un appel permet à des familles séparées par la guerre de maintenir un lien, parfois fragile, avec leurs proches.
Situé à 32 kilomètres du chef-lieu de la commune de Ruyigi à l’est du Burundi en province de Buhumuza, le camp de Busuma a été ouvert le 9 décembre 2025. Il a accueilli jusqu’à 66 000 réfugiés congolais. Pourtant, lorsque les premiers réfugiés sont arrivés à Busuma, la situation était difficile.
Leonard Kabangu, volontaire de la Croix-Rouge au camp, se souvient des premiers jours.
« Au début, on a commencé avec 550 personnes réfugiées et c’était une zone quasi déserte. La situation n’était pas facile », raconte-t-il.
La pluie compliquait davantage les conditions de vie. Les nouveaux arrivants manquaient de couvertures et de toilettes. Dans cette zone où tout était encore à construire, les problèmes d’hygiène ont rapidement fait leur apparition.
« Nous étions dans une période pluvieuse et les gens n’avaient plus de couvertures ni de toilettes. D’ailleurs, des cas de maladies liées au manque d’hygiène sont apparus avant d’être éradiqués », se souvient Leonard Kabangu.
Eau, latrines et prévention des maladies
Progressivement, les conditions se sont améliorées grâce à l’intervention des organisations humanitaires.
« Avec l’appui des partenaires comme le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la Croix-Rouge du Burundi a commencé à distribuer de l’eau et à construire des latrines publiques », explique Leonard Kabangu.
Quelque 50 000 litres d’eau sont distribués quotidiennement. Deux camions ont également été affectés à cette activité pour faciliter l’approvisionnement, même si la quantité distribuée a diminué avec la saison sèche.
Sur place, 28 blocs de latrines ont été construits grâce au financement du CICR.
Mais au-delà des infrastructures, les équipes tentent surtout de prévenir de nouvelles difficultés sanitaires. Des activités de pulvérisation et de sensibilisation aux bonnes pratiques d’hygiène sont régulièrement organisées. Les réfugiés sont également sensibilisés à la prévention de maladies comme le choléra, Ebola et la maladie à virus Marburg.
La Croix-Rouge intervient aussi dans les premiers secours et dans la protection des liens familiaux.
Un appel, un lien avec les siens
Riziki Rizibuka fait partie de ceux qui viennent chercher quelques minutes de contact avec sa famille. « Je suis venue passer un appel pour échanger avec ceux qui sont restés à Bukavu, au Congo, et surtout avec mes enfants et mon mari », raconte-t-elle.
Mais derrière cet appel se cache une histoire douloureuse. « Quand je suis venue ici, j’étais en ville. Quand la guerre a commencé, chacun est parti de son côté, mais malheureusement, on m’a informée que mon mari est mort », poursuit-elle.
Dans le camp, la communication devient ainsi bien plus qu’un simple service. Elle permet de savoir qui est encore en vie, où se trouvent les membres d’une famille et, parfois, de retrouver une personne dont on avait perdu la trace.
Armand Mutula Malekera vient lui aussi recharger son téléphone et passer des appels. « Nous venons recharger les téléphones et passer des appels, ce qui nous aide à connaître la situation de nos familles restées en RDC. Cela me permet de me sentir plus ou moins rassuré », explique-t-il.
Pour Timiza Julienne, ces quelques minutes de connexion ont une valeur particulière. « Recharger le téléphone et utiliser le Wi-Fi est bénéfique parce que cela nous permet de rester connectés avec les nôtres restés chez eux », témoigne-t-elle.
Elle souligne toutefois le coût de ce service à l’extérieur du camp. « Pour recharger ailleurs, il faut débourser environ 1 000 francs burundais. Mais il faut multiplier les kits de recharge », ajoute-t-elle.
Au camp de Busuma, entre 120 et 130 téléphones sont rechargés chaque jour. Au mois d’août 2026, 4 847 appels téléphoniques ont été effectués. Derrière ces chiffres se trouvent des milliers de conversations, parfois très courtes, entre des familles séparées par la guerre et l’exil.
C’est avec l’appui du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) que la croix rouge du Burundi offre ces services. En plus de la recharge des téléphones et des appels, les équipes facilitent l’échange de lettres, la protection des liens familiaux et l’enregistrement des enfants non accompagnés.
Entre exil et retour
Aujourd’hui, le camp n’est plus celui des premiers jours. Certains réfugiés ont commencé à rentrer en RDC. Deux convois sont organisés chaque semaine pour accompagner les retours.
Plus de 20 000 réfugiés seraient déjà rentrés depuis Busuma.
Pour ceux qui restent, cependant, l’incertitude demeure. Certains attendent de savoir si les conditions leur permettront un jour de rentrer chez eux. D’autres continuent de chercher des nouvelles de proches restés en RDC.
Dans cet entre-deux, le téléphone reste souvent leur seul moyen de garder un contact avec la vie qu’ils ont laissée derrière eux.
À Musenyi, le même besoin de rester connecté
À Musenyi, dans la commune de Giharo, dans la province de Burunga, la situation est similaire. Le camp accueille actuellement quelque 22 000 réfugiés congolais en provenance de la RDC.
Là aussi, les points de recharge des téléphones attirent quotidiennement de nombreux bénéficiaires. Mais les équipements disponibles peinent à répondre à la demande.
Vicky Matabaro, volontaire de la Croix-Rouge du Burundi à Musenyi, estime que le kit déjà installé ne suffit plus. Elle plaide pour un raccordement au réseau électrique afin de renforcer la capacité de recharge.
La saison des pluies qui s’annonce constitue une préoccupation supplémentaire. La production des panneaux solaires installés pourrait diminuer et rendre encore plus difficile l’accès à l’électricité.
Dans ces camps, une batterie chargée peut ainsi représenter bien plus qu’un téléphone fonctionnel. Elle peut être une voix entendue au bout du fil, une nouvelle attendue depuis des semaines, un enfant rassuré ou un parent retrouvé.
Pour ceux qui ont fui la guerre en laissant derrière eux leur maison, leurs proches et parfois une partie de leur vie, garder le téléphone allumé, c’est aussi garder un fil avec ceux qu’ils espèrent un jour retrouver.

























