Deux jours après la tenue de la 17e édition du National Prayer Breakfast, organisée le 14 avril 2026 autour du civisme fiscal, le directeur national de l’Organisation Parole et Action pour le Réveil et l’Évolution des Mentalités (PARCEM), Faustin Ndikumana, a livré une analyse sévère du système fiscal burundais. Il dénonce une répartition inéquitable de l’impôt, le poids de l’économie informelle et des exonérations trop importantes. Pour lui, seule une réforme en profondeur, fondée sur la transparence et la bonne gouvernance, permettra de rétablir la confiance entre l’État et les contribuables.
Après la 17e édition du National Prayer Breakfast, tenue le 14 avril 2026 et consacrée au civisme fiscal, le directeur national de l’Organisation Parole et Action pour le Réveil et l’Évolution des Mentalités (PARCEM), Faustin Ndikumana, a dressé un diagnostic préoccupant de la situation économique et fiscale du Burundi. Il appelle à des réformes structurelles pour restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.
Dès le début de son analyse, le ton était donné : « On ne peut pas construire un civisme fiscal solide sur une base d’injustice », a-t-il affirmé devant les autorités.
Selon lui, le système fiscal burundais repose sur une forte inégalité de contribution. Une minorité d’acteurs économiques formels supporte l’essentiel de la charge fiscale, tandis qu’une large partie de l’économie évolue dans l’informel.
« Les impôts sont supportés par une petite partie de l’économie structurée, pendant que la majorité évolue dans l’informel », a-t-il expliqué, estimant qu’environ 70 % de l’économie échappe au contrôle fiscal.
Il s’est également interrogé sur la persistance de certains secteurs informels :
« On ne comprend pas comment des secteurs comme le commerce du carburant ou des devises continuent de prospérer dans l’informel sans réaction forte », a-t-il déploré.
Des exonérations et des pertes de ressources importantes
Le responsable de la PARCEM a aussi critiqué l’ampleur des exonérations fiscales, qu’il considère comme une perte importante pour les finances publiques.
« C’est une hémorragie financière. L’État perd énormément de ressources sans stratégie claire pour y remédier », a-t-il dénoncé, appelant à davantage de transparence et à la mise en place d’audits réguliers.
Au-delà du système fiscal, Faustin Ndikumana pointe un problème plus large de gouvernance et de gestion des fonds publics.
« Quand les citoyens voient des cas de détournement, d’enrichissement illicite ou d’impunité, ils perdent naturellement la motivation de payer l’impôt », a-t-il souligné.
Il met également en avant le décalage entre les prélèvements fiscaux et la qualité des services publics :
« Comment demander aux citoyens d’être fiscaux quand les services de base comme la santé, l’éducation ou la justice ne suivent pas ? »
Selon lui, cette situation se traduit dans le quotidien des citoyens :
« Aujourd’hui, pour un même service, on paie deux fois : officiellement et officieusement », a-t-il regretté, évoquant une pratique qui mine la confiance dans l’administration.
Il a également dénoncé certaines contributions imposées en dehors du cadre légal :
« On demande aux citoyens de payer encore et encore, sans base légale claire. Cela devient incompréhensible. »
Un système fiscal jugé confus et instable
Faustin Ndikumana a aussi alerté sur la complexité du système fiscal et les risques de double imposition entre différents niveaux administratifs.
« Il y a une confusion entre les taxes de l’État central et celles des communes. Au final, ce sont les contribuables qui en souffrent », a-t-il expliqué.
Il a également critiqué l’instabilité des règles fiscales : « On ne peut pas changer les règles du jeu en cours de route. Cela décourage les investisseurs et les contribuables. »
Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, il estime que les réalités sociales doivent être davantage prises en compte : « Quand le pouvoir d’achat baisse, certains cherchent à survivre, parfois en contournant l’impôt. »
« L’État doit montrer l’exemple »
En conclusion, le directeur de la PARCEM a insisté sur la nécessité d’un changement profond de gouvernance.
« On ne peut pas demander des efforts aux citoyens si l’État lui-même ne fait pas sa part », a-t-il déclaré.
Pour lui, la solution passe par plus de justice fiscale, une meilleure gouvernance et une volonté politique réelle. « Le civisme fiscal ne s’impose pas, il se construit sur la confiance », a-t-il rappelé.
A lire aussi : La PARCEM dénonce l’inaction et appelle à des réformes urgentes

























