Des apprenants de la langue allemande se sont retrouvés à Bujumbura du 12 au 14 août 2026,autour d’une question qui dépasse l’apprentissage de la grammaire et du vocabulaire : que peut réellement offrir la maîtrise de l’allemand à un jeune burundais qui souhaite se former ancien ou travailler à l’étranger ? Une formation de deux jours consacrée aux possibilités de formation professionnelle et d’emploi dans les secteurs des soins et de la santé en Allemagne a tenté d’apporter des réponses à cette interrogation.
La session, organisée par la Schoenstatt Patres Akademie für Sprachen im Burundi (SPAS_B) avec l’appui de RAPRED Girubuntu, a été animée par Georg Klein, spécialisé dans les questions de management, de personnel et d’éthique. Elle s’adressait principalement aux personnes qui apprennent l’allemand et qui souhaitent mieux comprendre les possibilités qui peuvent s’offrir à elles en Allemagne.
La cérémonie de clôture du 19 août 2026 a été ponctuée par des chants et des prestations en allemand. Les apprenants ont notamment interprété une chanson avant qu’un autre participant ne récite un poème dans cette langue. Les hymnes nationaux du Burundi et de l’Allemagne ont également été entonnés.
Pour le père Hermenegilde Coyitungiye, directeur de SPAS_B, cette dimension culturelle n’était pas secondaire. Elle devait montrer que la mobilité et l’apprentissage d’une langue étrangère ne signifiaient pas préalablement l’abandon de sa propre culture. « RAPRED Girubuntu nous a appuyés pour être là. C’est la raison pour laquelle nous avons chanté les hymnes nationaux du Burundi et de l’Allemagne, afin que nous puissions continuer à bâtir une humanité fondée sur des valeurs qui rapprochent les uns et les autres », explique-t-il.
De l’apprentissage de l’allemand aux possibilités professionnelles
Au Burundi, apprendre l’allemand peut sembler, pour certains jeunes, être un investissement dont les débouchés difficiles restent à cerner. C’est justement l’une des questions auxquelles cette formation voulait répondre : au-delà de la maîtrise de la langue, quelles possibilités concrètes peuvent s’ouvrir dans un pays comme l’Allemagne ?
SPAS_B, créé pour favoriser l’apprentissage des langues étrangères, concentre actuellement une grande partie de ses activités sur l’allemand. Les cours proposés vont du niveau A1 au niveau B2.
« Cette Académie des Pères de Schoenstatt pour les langues au Burundi a été créée pour aider surtout les jeunes à apprendre des langues étrangères », explique le père Hermenegilde Coyitungiye.
Les cours intensifs d’allemand sont organisés depuis janvier 2023. Mais pour le directeur de l’académie, l’apprentissage de cette langue ne constitue pas une fin en soi. Il peut aussi être un moyen pour les jeunes de mieux accéder à certaines opportunités à l’étranger, notamment dans les domaines de la formation et de l’emploi.
Son propre parcours en Allemagne a fortement influencé cette vision. Entre 2014 et 2019, il y a appris l’allemand. Il y a alors rencontré plusieurs jeunes originaires de pays d’Afrique de l’Est, mais aucun Burundais. « J’ai été en Allemagne de 2014 à 2019 pour apprendre l’allemand. Dans le centre où j’étais, j’ai rencontré d’autres jeunes venus de différents pays d’Afrique de l’Est, notamment du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie. Mais je n’avais rencontré aucun Burundais. Alors, je me suis dit : “Mais ça ne va pas ! Est-ce que nous sommes tellement enclavés que nos jeunes ne peuvent pas, eux aussi, aller en Allemagne ?” »
Cette expérience l’a amené à réfléchir à la manière dont les jeunes Burundais pourraient accéder davantage aux possibilités offertes par la mobilité internationale, tout en privilégiant les voies légales. « Je me suis dit que cela pouvait donner aux jeunes des opportunités d’aller eux aussi en Allemagne, notamment pour y étudier ou y travailler, et d’immigrer de façon officielle, surtout sans avoir à passer par des chemins dangereux », souligne-t-il.
Une formation qui répond aux interrogations des apprenants
La formation de deux jours intervient donc dans un contexte où certains apprenants cherchent à comprendre ce qui peut se passer après l’apprentissage de la langue. Pour le père Hermenegilde, les questions sont fréquentes : formation professionnelle, emploi, études ou volontariat en Allemagne.
SPAS_B ne prétend toutefois pas apporter seule toutes les réponses. L’académie cherche plutôt à mettre les apprenants en contact avec des personnes capables de leur présenter les possibilités existantes et les exigences liées à ces parcours.
« Les jeunes nous demandent parfois : “Mais comment pouvons-nous faire pour accéder à des formations professionnelles, trouver un emploi ou poursuivre des études en Allemagne ?” Nous ne pouvions pas toujours répondre à toutes ces questions de manière précise », reconnaît le directeur.
C’est dans ce contexte que Georg Klein a été invité à intervenir. Par l’intermédiaire d’une association liée aux Pères de Schoenstatt en Allemagne, SPAS_B a pu entrer en contact avec lui. « Mais nous avons trouvé quelqu’un qui pouvait justement leur apporter des réponses et leur expliquer les différentes possibilités qui s’offrent à eux », ajoute le père Hermenegilde.
Le choix de mettre l’accent sur les soins et la santé donne également une dimension professionnelle particulière à cette formation. Les participants ont ainsi pu être sensibilisés aux possibilités existant dans un secteur qui nécessite des qualifications et des compétences adaptées.
La langue comme moyen de rencontre
Pour le directeur de SPAS_B, réduire l’apprentissage de l’allemand à une simple préparation au départ vers l’Allemagne serait cependant trop limité. La langue constitue également, selon lui, un moyen de découvrir d’autres réalités et d’établir des relations avec des personnes issues de cultures différentes. « Pour moi, la langue est une clé qui permet de s’ouvrir à la rencontre, non seulement avec d’autres cultures, mais aussi avec d’autres personnes. Elle permet de créer des amitiés et de faire de nouvelles connaissances. »
Cette approche explique également l’importance accordée aux échanges interculturels durant la formation. Les participants ont été encouragés à connaître la culture allemande sans pour autant perdre de vue leur propre identité.
La cérémonie de clôture en a donnée une illustration. Les apprenants ont utilisé l’allemand pour exprimer leur créativité, à travers une chanson et un poème. Les hymnes burundais et allemand ont également constitué un moment symbolique de cette rencontre.
Des candidatures déjà présentées
À l’issue de la formation, le père Herménégilde a encouragé les participants à exploiter les connaissances acquises, notamment dans le cadre des formations professionnelles et du volontariat.
Selon lui, 25 candidatures ont déjà été introduites dans le cadre des démarches engagées. Il affirme que SPAS_B compte accompagner les candidats dans la mesure de ses possibilités.
Mais au-delà du nombre de candidatures, l’enjeu reste celui de l’accès à une information fiable. Pour les jeunes intéressés par une formation ou un emploi en Allemagne, connaître la langue constitue une première étape, mais elle doit être accompagnée d’une bonne compréhension des conditions d’accès aux différentes possibilités.
L’expérience présentée lors de cette formation montre ainsi que l’apprentissage linguistique peut servir de point de départ à des projets plus larges. Pour les jeunes Burundais, l’allemand peut représenter une compétence supplémentaire sur un marché du travail où les possibilités ne se limitent plus aux frontières nationales.
Reste que l’accès à ces opportunités dépendra également des qualifications des candidats, de leur capacité à répondre aux exigences des programmes concernés et des démarches administratives nécessaires. La formation organisée à Bujumbura aura au moins permis de rapprocher les apprenants de ces réalités et de transformer une question souvent théorique — « que peut-on faire avec l’allemand ? » — en une réflexion plus concrète sur les études, la formation professionnelle et le travail.
Pour le père Hermenegilde Coyitungiye, cette ouverture doit cependant aller dans les deux sens : les jeunes Burundais qui découvrent l’Allemagne doivent également pouvoir faire connaître leur propre culture.
L’enjeu n’est donc pas seulement de préparer des candidats à partir, mais aussi de créer des occasions de rencontre entre deux sociétés, à travers la langue, la formation et les échanges humains.

























