À Bujumbura, l’Institut Saint Kizito continue d’offrir éducation, soins et rééducation aux enfants vivant avec un handicap physique malgré de nombreuses difficultés. Confronté à la baisse des financements, au manque d’espace et aux coûts élevés des équipements spécialisés, le centre lance un appel à la solidarité afin de poursuivre sa mission auprès des enfants les plus vulnérables.
Institut Saint Kizito : entre espoir et difficultés, un centre au service des enfants vivant avec un handicap physique
Depuis plus de soixante ans, l’Institut Saint Kizito, sous convention de l’archidiocèse de Bujumbura, accueille et accompagne des enfants vivant avec un handicap physique. Mais aujourd’hui, cette mission est mise à rude épreuve. La réduction des financements de certains partenaires internationaux, le manque d’espace, les difficultés à acquérir des prothèses et des orthèses, ainsi que les contraintes liées au paiement des salaires du personnel fragilisent le fonctionnement du centre.
La directrice de l’institut, sœur Immaculée Niyondiko, lance un appel aux autorités et aux personnes de bonne volonté afin de soutenir cette œuvre qui permet à des centaines d’enfants issus de familles défavorisées d’accéder à l’éducation, aux soins et à une meilleure intégration sociale.
Premier défi évoqué : l’exiguïté des infrastructures. Avec 241 enfants pris en charge, le centre est arrivé à saturation.
« Le centre est devenu trop petit. Nous ne pouvons pas accueillir tous les enfants qui demandent une place. Aujourd’hui, une centaine d’enfants vivant avec un handicap figurent sur une liste d’attente, faute d’espace », explique sœur Immaculée Niyondiko.»
À ces difficultés s’ajoutent les problèmes financiers. Depuis la suspension des financements de certaines organisations internationales, l’institut peine à acheter les prothèses, les orthèses et les autres aides techniques indispensables à la mobilité des patients. Il devient également difficile d’assurer régulièrement les salaires des 63 employés.
« Tous nos employés sont rémunérés par le centre. Réunir chaque mois les fonds nécessaires pour payer leurs salaires est devenu un véritable défi. Plusieurs anciens employés nous ont quittés parce que nous ne pouvions plus leur offrir une rémunération convenable. Nous sommes donc contraints de recruter de nouvelles personnes qui ne sont pas encore familiarisées avec la prise en charge de ces enfants », déplore la directrice.»
Elle souligne également que le matériel utilisé dans l’atelier d’appareillage est entièrement importé.
« Son importation coûte très cher et nécessite des devises qui sont aujourd’hui difficiles à obtenir. »
Le département de kinésithérapie est lui aussi sous pression. Le centre compte une trentaine de kinésithérapeutes, un effectif jugé insuffisant face au nombre de patients.
« Nos kinésithérapeutes prennent en charge un très grand nombre de patients. C’est un travail physiquement exigeant. Lorsqu’un agent est absent, il n’y a personne pour le remplacer, ce qui augmente la charge de travail des autres », regrette sœur Immaculée.»
Au-delà des soins, la prise en charge quotidienne des enfants représente un autre défi. Beaucoup arrivent au centre dans une situation de grande précarité.
« Ce sont des enfants qui ont besoin d’une alimentation adaptée, de compléments nutritionnels, de vêtements et de nombreux autres soins. La plupart proviennent de familles très modestes. Répondre à tous ces besoins dépasse souvent les capacités du centre », souligne-t-elle.»
Malgré ces difficultés, l’Institut Saint Kizito continue de fonctionner grâce au soutien de l’archidiocèse de Bujumbura, qui contribue aux soins et à la scolarisation des enfants. Le centre tire également une partie de ses revenus des consultations externes.
« Nous recevons des patients externes pour des séances de kinésithérapie ou la fabrication de prothèses. Les recettes générées nous permettent d’acheter une partie du matériel nécessaire et de poursuivre nos activités », explique la directrice.»
L’institut nourrit aussi de grandes ambitions. Il souhaite agrandir ses infrastructures et moderniser ses équipements afin d’accueillir davantage d’enfants.
« Nous aimerions faire beaucoup plus que ce que nous faisons aujourd’hui. Malheureusement, le manque d’espace et de moyens nous limite. Nous gardons toutefois l’espoir qu’avec l’appui du gouvernement et des personnes de bonne volonté, ces projets pourront se concrétiser. »
Créé en 1965 par le premier évêque burundais, Monseigneur Michel Ntuyahaga, l’Institut Saint Kizito est né d’un constat douloureux. Lors de ses visites pastorales, il avait remarqué que de nombreux enfants vivant avec un handicap étaient cachés par leurs familles, le handicap étant alors perçu comme un tabou. Il décida alors de créer un lieu où ces enfants pourraient être soignés, éduqués et retrouver leur dignité.
Aujourd’hui, l’institut accueille 241 enfants, dont 80 % vivent avec un handicap physique. Les élèves y poursuivent leur scolarité jusqu’en sixième année primaire tout en bénéficiant de soins médicaux, de kinésithérapie et, si nécessaire, de prothèses ou d’orthèses.
Pour sœur Immaculée Niyondiko, la plus grande satisfaction reste de voir d’anciens pensionnaires réussir leur vie.
« Plusieurs enfants passés par notre centre ont poursuivi leurs études et occupent aujourd’hui des postes de responsabilité dans différents secteurs. C’est notre plus grande fierté. »
Elle lance enfin un appel aux parents.
« Lorsqu’un enfant naît avec un handicap, il faut le faire soigner le plus tôt possible. Certains handicaps peuvent être corrigés dès le plus jeune âge. J’encourage également les familles à ne pas cacher leurs enfants à la maison, mais à les orienter vers des centres spécialisés où ils pourront recevoir les soins et l’accompagnement dont ils ont besoin. »
























