Réunis à Bichkek le 1er septembre, les dirigeants de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ont marqué le 25e anniversaire de la création de l’Organisation dans un contexte international caractérisé par de fortes tensions géopolitiques, des incertitudes économiques et une accélération des transformations technologiques. Au-delà de la célébration, le sommet a surtout posé une question centrale : comment faire de la coopération entre les États membres un véritable levier de stabilité et de développement dans un monde en pleine recomposition ?
Présidée par le chef de l’État kirghiz, Sadyr Japarov, la 26e réunion du Conseil des chefs d’État de l’OCS a rassemblé les dirigeants des dix États membres. Les discussions ont porté notamment sur la sécurité, le commerce, les investissements, l’énergie, les infrastructures, les nouvelles technologies et l’évolution de la gouvernance mondiale. À l’issue du sommet, les dirigeants ont adopté la Déclaration de Bichkek et 28 documents portant sur différents domaines de coopération. La présidence de l’Organisation pour 2026-2027 a par ailleurs été confiée au Pakistan.
La multipolarité face aux réalités géopolitiques
En 25 ans, l’OCS a profondément changé de dimension. Créée en 2001 autour de questions essentiellement sécuritaires, elle constitue aujourd’hui un espace de dialogue regroupant des puissances comme la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran et le Pakistan, ainsi que plusieurs États d’Asie centrale. Cette diversité fait sa force, mais représente également son principal défi.
Les membres de l’Organisation ne partagent pas toujours les mêmes intérêts ni les mêmes positions sur les grandes crises internationales. L’enjeu consiste donc à préserver un espace de dialogue capable de dépasser les divergences bilatérales et régionales.
Le principe du « Shanghai Spirit », fondé notamment sur la confiance mutuelle, l’égalité, la consultation et le respect de la diversité des civilisations, prend ici tout son sens. L’OCS cherche à promouvoir une coopération qui ne repose pas sur la constitution d’une alliance militaire dirigée contre un adversaire, mais sur la recherche de convergences entre ses membres.
Cette approche intervient alors que plusieurs pays du Sud global revendiquent une participation plus importante à la définition des règles internationales. Dans une déclaration adoptée en juillet, les ministres des Affaires étrangères de l’OCS ont réaffirmé leur soutien à un ordre mondial plus représentatif, inclusif et multipolaire, fondé sur le droit international et le multilatéralisme.
L’économie au cœur des priorités
La stabilité politique ne peut cependant être dissociée des réalités économiques. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les tensions commerciales et les politiques tarifaires ont montré la vulnérabilité de nombreuses économies face aux crises internationales.
Pour l’OCS, le renforcement des échanges, des investissements, de la connectivité et de la coopération énergétique constitue donc un enjeu majeur. La multiplication des projets d’infrastructures et l’amélioration des corridors de transport peut contribuer à rapprocher les marchés et à faciliter les échanges entre l’Asie, l’Europe et les autres régions du monde.
Mais l’ambition économique devra se traduire par des résultats concrets. L’un des défis de l’Organisation est précisément de passer des déclarations politiques à des mécanismes capables de produire des bénéfices tangibles pour les populations.
L’intelligence artificielle, nouveau front de coopération
L’autre grande transformation est technologique. L’intelligence artificielle, la numérisation et les technologies vertes redessinent déjà les économies et les sociétés. Elles constituent à la fois un terrain de compétition et une occasion de coopération.
À Bichkek, la Chine a proposé notamment la création d’un centre international de coopération sur les applications de l’intelligence artificielle destiné aux pays de l’OCS. Pékin a également annoncé la mise en œuvre de 100 projets de coopération technologique avec les autres membres de l’Organisation au cours des trois prochaines années.
Cette orientation est particulièrement importante pour les pays en développement. L’accès aux technologies, à la formation et aux infrastructures numériques pourrait permettre de réduire la fracture technologique et de donner au Sud global davantage de possibilités de participer à la nouvelle économie numérique.
L’enjeu n’est donc pas uniquement de développer l’intelligence artificielle, mais de faire en sorte que ses bénéfices soient plus largement partagés.
Un rôle accru pour le Sud global
Le sommet de Bichkek intervient ainsi à un moment où le Sud global cherche à renforcer sa voix dans les affaires internationales. Pour l’OCS, la coopération avec les pays partenaires constitue un moyen d’élargir son influence et de renforcer les échanges au-delà de son noyau de dix États membres.
Lors du sommet « OCS Plus », le président chinois Xi Jinping a appelé à promouvoir un monde multipolaire « égal et ordonné » ainsi qu’une gouvernance mondiale plus juste et équitable. Il a également souligné la nécessité de renforcer les partenariats avec les pays du Sud global.
Cette ambition devra toutefois composer avec une réalité incontournable : plus une organisation rassemble des États aux intérêts divers, plus la recherche du consensus devient complexe.
Bichkek, un nouveau départ
Le 25e anniversaire de l’OCS ouvre finalement une nouvelle étape. L’Organisation dispose d’atouts considérables : un vaste espace géographique, des ressources énergétiques importantes, des marchés dynamiques et une influence croissante dans les affaires internationales.
Mais son avenir dépendra de sa capacité à transformer ces atouts en coopération concrète. Sécurité, commerce, énergie, numérique, intelligence artificielle et développement durable constituent autant de domaines dans lesquels les États membres peuvent renforcer leurs liens.
Bichkek aura donc été plus qu’un rendez-vous anniversaire. Le sommet aura posé les bases d’un nouveau cycle pour l’OCS : celui d’une organisation appelée à démontrer que la solidarité entre États, la coopération économique et le multilatéralisme peuvent contribuer à construire un ordre international plus équilibré.

























