Quelques livres, des bancs-pupitres et des armoires peuvent changer le quotidien d’une école en zone Bugarama de la commune Muhuta de la province Bujumbura, mais ils ne suffisent pas à effacer les difficultés. À l’École fondamentale comme au Lycée communal, élèves et enseignants composent encore avec des salles à rénover, des latrines à améliorer et un manque d’équipements. La visite de partenaires venus d’Allemagne a permis de mesurer les progrès accomplis, mais surtout d’entendre les besoins de ceux qui font vivre ces établissements au quotidien.
À une dizaine de kilomètres de la Route nationale numéro 3, l’École fondamentale et le Lycée communal de Bugarama avancent avec les moyens dont ils disposent. La visite d’une délégation de RAPRED Girubuntu, venue d’Allemagne, et de l’Association locale CEPED Girubuntu a permis de mesurer les progrès réalisés dans le cadre du projet « IGA », mais aussi de mettre des visages et des voix sur les difficultés qui persistent.
À l’École fondamentale, des bancs-pupitres reçus en 2021 et en avril 2026 sont toujours utilisés par les élèves. Cette fois, ce sont aussi des livres qui ont été remis par le père Déogratias Maruhukiro, président de RAPRED Girubuntu.
Le geste paraît simple. Pour une école où les ressources restent limitées, il représente pourtant un outil supplémentaire pour apprendre, lire et travailler dans de meilleures conditions.

Le directeur de l’établissement, Manassé Ndumwimana, apprécie les appuis déjà reçus. Mais derrière les remerciements, il y a surtout une liste de besoins qui rappelle que le chemin reste long.
« La question de l’hygiène et de l’assainissement est fondamentale dans une école. Nous avons besoin de latrines modernes, propres, sûres et adaptées aux besoins des élèves afin de leur offrir un environnement d’apprentissage sain. »
Cinq salles de classe ont également besoin d’être rénovées. Pour le directeur, ce n’est pas seulement une question d’apparence. L’état des salles influence directement la manière dont les élèves vivent leur journée scolaire.
« Un élève apprend mieux lorsqu’il se trouve dans une salle propre et adaptée à l’apprentissage. Nous avons aussi besoin d’armoires et de chaises, ainsi que d’une salle informatique bien équipée », explique-t-il.
Au lycée, les besoins se lisent sur les murs
Quelques kilomètres plus loin, au Lycée communal de Bugarama, les travaux de rénovation sont déjà visibles. Mais là encore, les responsables de l’établissement savent que plusieurs difficultés restent à résoudre.
Des bancs-pupitres et des armoires ont été remis au lycée. Pour les élèves et les enseignants, ces équipements viennent améliorer un quotidien où chaque matériel compte.
Le directeur, Omer Nduwimana, attire toutefois l’attention sur un autre problème : les fenêtres et les portes métalliques dont l’établissement a besoin. Il demande également un équipement informatique et un logement pour les enseignants.
Derrière ces demandes, il y a une même préoccupation : permettre aux élèves d’étudier dans un cadre qui ne constitue pas lui-même un obstacle à leur apprentissage.
La bibliothèque et le laboratoire figurent également parmi les attentes. Le président du Conseil communal de Muhuta, François Ngendakumana, estime que ces deux infrastructures permettraient aux élèves de disposer de davantage de moyens pour approfondir leurs connaissances.
À Bugarama, l’école n’est pas le seul besoin
La visite a aussi fait émerger d’autres préoccupations qui dépassent le cadre scolaire.

Le chef de zone de Bugarama, Eric Hatungimana, a évoqué l’idée d’un centre destiné aux jeunes, qui pourrait progressivement devenir une école des métiers. Dans une zone où l’avenir de nombreux jeunes dépendra aussi de leur capacité à acquérir des compétences pratiques, cette proposition prend une dimension particulière.
La santé reste également une préoccupation. Au CDS Bugarama, certaines évacuations vers Magara et la réalisation des échographies posent des difficultés. Pour le responsable local, la présence d’un appareil d’échographie permettrait de rapprocher certains soins des habitants.
Ces demandes montrent que les écoles ne vivent pas isolément de leur environnement. Quand une famille peine à accéder aux soins ou qu’un jeune manque d’un lieu pour apprendre un métier, les difficultés de la communauté finissent aussi par se retrouver dans la salle de classe.
« Il faut que les premières initiatives viennent de nous »

Pour le père Déogratias Maruhukiro, lui-même originaire de Bugarama, l’aide extérieure ne peut pas tout résoudre.
En s’adressant aux habitants, il les a invités à prendre eux-mêmes les premières initiatives et à construire une base sur laquelle les partenaires pourront ensuite s’appuyer.
Son message est également un appel à la responsabilité : recevoir un don ne suffit pas. Il faut le préserver, l’utiliser correctement et continuer à chercher des solutions localement.
Il a par ailleurs appelé les habitants à ne pas se laisser diviser par la politique, estimant que les divisions risquent de freiner les efforts de développement de la zone.

Konrad Bued, vice-président de RAPRED Girubuntu, a pour sa part retenu les progrès observés depuis ses précédentes visites à Bugarama. Il s’est notamment réjoui de voir que les deux établissements scolaires disposent désormais de l’électricité de la REGIDESO.
Mais les besoins exprimés au cours de la visite montrent que l’électricité n’est qu’une étape. Il reste les salles à rénover, les latrines à améliorer, les équipements informatiques à trouver, les livres à multiplier et les infrastructures scientifiques à construire.
L’organisation a promis de continuer à plaider en faveur des établissements. Le père Maruhukiro a également encouragé les responsables locaux à ne pas attendre uniquement les aides extérieures et à rechercher eux-mêmes certains équipements, notamment des ordinateurs.
À la fin de la visite, des cadeaux ont été remis aux membres de la délégation. Puis les tambourinaires ont pris le relais, donnant à la rencontre une note plus chaleureuse après les échanges sur les difficultés de la zone.

























