Accroître la production agricole, restaurer les sources d’eau et développer l’exploitation minière figurent parmi les priorités des politiques publiques burundaises. Mais sur le terrain, ces objectifs se heurtent parfois les uns aux autres. Des plantations forestières sont converties en terres cultivées, des pentes fragiles sont mises en culture, des zones humides sont exploitées et certains sites miniers restent sans réhabilitation. À partir de témoignages recueillis dans plusieurs communes, de documents officiels et de débats parlementaires, cette enquête examine les contradictions entre les ambitions de développement et les exigences de protection de l’environnement, ainsi que leurs conséquences sur les écosystèmes et les populations.
Depuis plusieurs années, les autorités burundaises multiplient les appels à accroître la production agricole afin de renforcer la sécurité alimentaire et d’augmenter les exportations. Dans ce contexte, plusieurs responsables administratifs et politiques ont invité la population à mettre en valeur toutes les terres disponibles, y compris celles occupées par des plantations d’eucalyptus.
Ces appels s’inscrivent dans une politique plus large visant à améliorer la disponibilité des terres cultivables. Les eucalyptus ont notamment été présentés par plusieurs responsables comme des arbres susceptibles d’assécher les sources d’eau et d’appauvrir les sols lorsqu’ils sont plantés à proximité des rivières ou des captages. Dans plusieurs provinces, les autorités ont ainsi demandé l’abattage des eucalyptus situés le long des sources d’eau afin de restaurer les ressources hydriques.
Au cours d’une réunion qu’il a animé ce mardi 5 mars 2024 à l’intention des Hauts-Cadres du Ministère en charge de l’énergie et des mines au Palais Ntare Rushatsi, le Président de la République Excellence Evariste Ndayishimiye a réitéré son ferme engagement à faire de ce secteur l’un des principaux facteurs du changement socio-économique du Burundi, un secteur pouvant suffisamment attirer des investissements étrangers.
Sur le terrain, ces orientations ont parfois été interprétées comme une invitation à convertir ces espaces en terres agricoles. Dans certaines communes, les parcelles libérées après l’abattage des arbres n’ont pas toujours été reboisées avec des espèces adaptées ou intégrées dans des programmes d’agroforesterie. Elles ont été rapidement transformées en champs de maïs, de pommes de terre, de manioc ou d’autres cultures vivrières.
« Après l’abattage des eucalyptus, beaucoup de personnes ont préféré cultiver ces terrains plutôt que de replanter d’autres arbres », confie un habitant de la province de Bujumbura.
Cette situation soulève une question centrale : les politiques destinées à protéger les ressources en eau et à accroître la production agricole ont-elles été suffisamment accompagnées de mesures garantissant la restauration du couvert végétal ?
Entre sécurité alimentaire et protection des écosystèmes
Les observations réalisées dans plusieurs communes montrent que la disparition des arbres ne résulte pas uniquement d’initiatives individuelles. Elle s’inscrit dans un contexte où les objectifs de production agricole sont régulièrement mis en avant par les autorités, tandis que les mécanismes de contrôle environnemental peinent à suivre.
Les agriculteurs rencontrés affirment avoir reçu des messages les encourageant à exploiter les terres disponibles afin d’augmenter la production. Plusieurs reconnaissent cependant que cette dynamique favorise progressivement la disparition des arbres, particulièrement dans les zones où les parcelles agricoles deviennent rares.
Des spécialistes de l’environnement estiment que ces orientations auraient gagné à être accompagnées d’un vaste programme d’agroforesterie, de plantations compensatoires et de techniques de conservation des sols afin d’éviter que l’augmentation des superficies cultivées ne se traduise par une perte durable du couvert végétal.
Cela viole la stratégie nationale qui a pour objectif « D’ici à 2030, les ressources forestières du pays sont gérées et utilisées durablement pour améliorer les moyens de subsistance des populations et contribuer au développement socio-économique du pays ».
Les parlementaires alertent aussi sur les dégâts de l’exploitation minière
L’agriculture n’est pas la seule activité pointée du doigt pour ses impacts sur l’environnement. Au Parlement, plusieurs députés ont également attiré l’attention du gouvernement sur les conséquences de l’exploitation minière.
Lors des séances consacrées aux questions orales adressées au gouvernement, des élus ont dénoncé le fait que certaines entreprises et coopératives minières quittent les sites après l’extraction sans procéder à leur réhabilitation, alors que cette obligation figure dans les cahiers des charges et dans la réglementation environnementale.
Selon ces parlementaires, plusieurs sites d’exploitation abandonnés présentent aujourd’hui d’importantes excavations, des sols dégradés et des risques accrus d’érosion. Pendant la saison des pluies, ces terrains dénudés favorisent le ruissellement des eaux et le transport des sédiments vers les rivières.
Pour plusieurs élus, cette absence de réaménagement compromet non seulement la restauration des écosystèmes, mais réduit également les possibilités de réutiliser ces terres pour l’agriculture ou le reboisement.
Des experts alertent

S’appuyant sur les Écritures bibliques ainsi que sur les textes et lois existants, Amb.Albert Mbonrane affirme que leur respect ferait du Burundi « un véritable paradis ». Il a dressé un constat préoccupant des défis actuels : pollution du lac Tanganyika, débordements de rivières comme la Ntahangwa, disparition des habitats naturels, transformation de la réserve de Rusizi en cultures de canne à sucre et effets visibles du changement climatique, notamment la montée des eaux.
« Il faut rompre avec les comportements destructeurs et protéger notre environnement pour le bien-être des générations futures », a-t-il martelé.
L’aggravation des érosions, la réduction de l’humidité de l’air, la dégradation des facteurs de production agricoles sont entre autres les effets du déboisement selon Dr Jacques Nkengurutse, professeur d’université. Cet expert précise que les impacts seront désastreux et difficiles à évaluer. Selon lui, au finish, cela risque d’aboutir à une situation sécuritaire instable ayant la faim corollaire. « L’ampleur de la déforestation est sans précédent au regard des besoins en bois », avertit-il avant de rappeler que plus de 95% de la population utilise le bois comme source d’énergie domestique.
Des politiques parfois contradictoires
L’enquête fait apparaître un paradoxe. D’un côté, le gouvernement poursuit des campagnes de reboisement, notamment à travers le programme « Ewe Burundi Urambaye », et encourage l’agroforesterie pour restaurer les paysages dégradés.

De l’autre, les appels à exploiter les terres occupées par certains peuplements d’eucalyptus, les difficultés de suivi des opérations de reboisement, la faiblesse des contrôles environnementaux et l’insuffisance du réaménagement des sites miniers créent une pression supplémentaire sur les ressources naturelles.
Cette juxtaposition de politiques publiques met en évidence les difficultés de coordination entre les objectifs de sécurité alimentaire, de protection des ressources en eau, de développement minier et de conservation de l’environnement.
Au final, les conséquences se rejoignent : disparition du couvert végétal, aggravation de l’érosion, baisse de la fertilité des sols et vulnérabilité accrue des communautés rurales face aux effets du changement climatique.
L’investigation montre ainsi que la dégradation de l’environnement ne peut être attribuée aux seuls agriculteurs. Elle résulte de l’interaction entre la pression démographique, les contraintes économiques, certaines orientations des politiques publiques, le déficit de contrôle des activités agricoles et minières ainsi que l’application encore insuffisante des lois environnementales.

























