Le directeur national de l’organisation Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Evolution des Mentalités (PARCEM), Faustin Ndikumana, critique sévèrement la gestion des projets publics par l’Obuha. Selon lui, les problèmes observés dépassent les simples erreurs administratives et révèlent des dysfonctionnements structurels favorisant les malversations économiques, l’inefficacité et l’impunité.
Les récentes polémiques autour de la gestion de l’Office Burundais de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction (Obuha) continuent de susciter des réactions. Pour le directeur national de la Parcem, Faustin Ndikumana, la situation actuelle est le reflet d’un problème profondément enraciné dans le fonctionnement des institutions publiques chargées des grands projets d’infrastructures.
« Ce qui vient de se passer à l’Obuha dépasse l’entendement, mais c’est devenu monnaie courante », déplore-t-il. À ses yeux, le changement de direction annoncé ne constitue qu’une mesure minimale qui devrait normalement découler des événements récents. Mais il estime qu’un simple remplacement des responsables ne suffira pas tant que les principes de gestion resteront inchangés.
Selon lui, plusieurs raisons structurelles expliquent la multiplication des projets inachevés qui engloutissent des ressources considérables au détriment du Trésor public. Il rappelle que des institutions comme l’Obuha avaient initialement pour mission d’assurer la planification, la coordination, la maîtrise d’ouvrage et le pilotage stratégique des projets publics. Elles devaient également identifier les besoins, mobiliser les financements et coordonner les différents partenaires impliqués dans la mise en œuvre des infrastructures.
Cependant, Faustin Ndikumana estime qu’un dysfonctionnement majeur réside dans le cumul des responsabilités au sein d’une même institution. « Une même structure ne devrait jamais assurer à la fois la planification, l’exécution, le contrôle et la réception des travaux », insiste-t-il. Pour lui, cette concentration des pouvoirs ouvre largement la voie aux détournements et aux malversations économiques.
Le directeur national de la Parcem plaide ainsi pour une séparation claire des responsabilités. Il recommande notamment le recours à des bureaux d’études indépendants pour les études techniques et environnementales, ainsi qu’à des entreprises privées expérimentées sélectionnées à travers des procédures transparentes d’appel d’offres.
Il insiste également sur la nécessité de mettre en place des missions indépendantes de contrôle et de surveillance chargées de superviser techniquement les travaux, de contrôler la qualité des matériaux utilisés et de suivre les délais d’exécution. Ces structures devraient, selon lui, être capables de signaler rapidement toute irrégularité ou tout retard dans l’exécution des projets.
Au-delà des mécanismes techniques, Faustin Ndikumana appelle à renforcer la transparence et la redevabilité dans la gestion des infrastructures publiques. Il propose la mise en place de comités de pilotage stratégiques intégrant des mécanismes de gestion des risques, de contrôle parlementaire et d’audits citoyens.
« La population doit être informée du coût des infrastructures et des délais de réalisation », affirme-t-il, estimant que les citoyens doivent avoir accès aux informations relatives aux projets publics afin de participer au suivi de leur exécution.
Pour lui, l’un des principaux obstacles à une réforme réelle reste l’impunité. Il rappelle que plusieurs dossiers similaires liés aux infrastructures publiques ont déjà été dénoncés par le passé sans qu’aucune enquête crédible ne permette de traduire les responsables en justice.
« L’impunité est un facteur majeur de prolifération de la corruption », conclut-il, appelant à des réformes profondes pour garantir une gestion plus transparente et plus efficace des projets publics.

























