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Les défenseurs des droits humains ainsi que le Parlement inquiets du nombre pléthorique de détenus dans les maisons carcérales

Le Parlement ainsi que la société civile burundaise dénoncent des emprisonnements arbitraires et la non-application de la grâce présidentielle, alors que le taux d’occupation des prisons a actuellement atteint 300 %. Le ministre de la Justice donne un délai de deux mois pour que les dossiers des personnes emprisonnées illégalement soient traités et que ces détenus retrouvent leur liberté.

Au Burundi, la capacité d’accueil des prisons est de quatre mille détenus. Mais les défenseurs des droits humains estiment que les onze prisons que compte le pays hébergent aujourd’hui plus de douze mille prisonniers.

L’association locale Ntabariza, qui milite pour les droits des prisonniers et de leurs familles, déplore que les effectifs des détenus restent toujours élevés malgré les efforts du chef de l’État burundais, Évariste Ndayishimiye, visant à désengorger les prisons en accordant la grâce présidentielle à certaines catégories de prisonniers.

« C’est un sentiment d’amertume lorsque nous constatons le nombre de prisonniers dans les maisons de détention, malgré nos appels incessants à la prise de décisions pour désengorger les prisons », déplore Jean-Marie Nshimirimana, président de cette association.

Jean-Marie Nshimirimana, président de l'association locale  Ntabariza« Des fois, le procureur libère 100 prisonniers pour faire entrer en prison 200 personnes. Ou bien, en cas de libération conditionnelle, sur 70 prisonniers libérés, il emprisonne encore 400 personnes », note-t-il avec indignation.

Le président de cette association demande que des mesures concrètes soient prises afin de libérer tous les prisonniers qui ne devraient pas croupir en prison.

« Que le ministre de la Justice et le procureur général de la République se mettent ensemble afin de prendre des mesures comme, par exemple, une amnistie générale ou l’abandon de certaines infractions mineures », estime-t-il.

De son côté, l’ALUCHOTO (Association pour la lutte contre le chômage et la torture) dénonce l’ingérence de certains fonctionnaires de l’État dans le traitement des dossiers judiciaires et dans la prise de décisions par les travailleurs de l’appareil judiciaire. Une situation qui serait à l’origine de cette surpopulation carcérale, explique le coordinateur de l’ALUCHOTO, Vianney Ndayisaba, lors d’un point de presse tenu ce vendredi.

« Plusieurs cadres de l’État dans le pays s’ingèrent dans les affaires judiciaires et ordonnent le maintien en détention de personnes acquittées ou graciées », a-t-il déploré.

Le coordinateur national de cette association appelle les autorités publiques à agir afin de trouver des solutions à ces problèmes.

« Que les hautes autorités du pays, y compris le chef de l’État, le président de l’Assemblée nationale et celui du Sénat, après avoir constaté ce qui a été dit, réunissent tous les cadres de l’appareil judiciaire pour leur donner de la force ou leur demander de dénoncer, par message, ceux qui les intimident et s’ingèrent dans la prise de décision », a-t-il proposé.

Ces associations ne sont pas les seules à dénoncer des emprisonnements arbitraires dans les prisons du pays. Les députés burundais s’indignent eux aussi du nombre élevé de prisonniers dans les lieux de détention.

Mercredi de cette semaine, ils ont exprimé leurs préoccupations face au nombre élevé des détenus, malgré les initiatives du gouvernement visant à désengorger toutes les prisons du pays.

« Il y a des gens qui sont emprisonnés injustement », a déploré un de ces élus du peuple.

« Ceux qui restent en prison alors qu’ils ont purgé leur peine, ou alors qu’ils ont été acquittés. À qui incombe alors la responsabilité ? Qui a été sanctionné pour cela ? », a-t-il demandé après la présentation, le même jour au Parlement, du rapport définitif d’audit de la Cour des comptes relatif à la gestion de la Direction générale des affaires pénitentiaires au Burundi, cas de la prison de Bubanza.

Ce rapport a révélé que la prison de Bubanza compte actuellement plus de 400 détenus, alors que lors de sa construction en 1952, elle avait été prévue pour accueillir seulement 200 personnes.

« C’est vraiment triste qu’un détenu passe deux ou trois ans sans comparaître », a déploré le député Emmanuel Ndorimana.

Invité à la chambre basse du Parlement, le ministre de la Justice n’a pas nié ces manquements dans l’appareil judiciaire burundais. Alfred Ahingejeje a toutefois promis d’agir le plus rapidement possible pour redresser la situation.

Alfred Ahingejeje,ministre de la justice
Alfred Ahingejeje,ministre de la justice

« Pour la question des personnes emprisonnées, le problème majeur est que ceux qui détiennent les dossiers des prisonniers ne prennent parfois pas les décisions de les libérer, même dans les cas où ces détenus mériteraient d’être relaxés », a expliqué le ministre.

Cette réponse n’a toutefois pas convaincu le président de la chambre basse du Parlement, Daniel Gélase Ndabirabe.

« Cela n’est pas du tout compréhensible », a rétorqué Gélase Ndabirabe d’un ton ferme. « Qui ne prend pas ces décisions ? Pourquoi ne pas les pointer du doigt ? », a-t-il ajouté.

Avant de menacer qu’il demanderait au chef de l’État d’accorder aux députés la prérogative de destituer les ministres incapables d’expliquer les véritables problèmes relevant de leurs ministères.

« Les questions sont toujours les mêmes dans tous les ministères. Est-ce que les choses doivent rester ainsi ? Est-ce que tous les ministres travaillent de la même façon en commettant les mêmes erreurs ? N’y a-t-il personne pour inverser la tendance parmi les ministres ? Et quelle sera la finalité ? On dirait que changer les ministres n’est pas un problème. Les plaintes sont toujours les mêmes. Qui en est responsable ? Est-ce que, lorsque les ministres arrivent dans leurs bureaux, ils sont sous le contrôle des cadres des ministères qui existaient avant eux ? Si tel est le cas, pourquoi les ministres ne dénoncent-ils pas ces cadres afin qu’ils soient à leur tour limogés ? Sinon, nous demanderons au président de la République que, si les ministres ne parviennent pas à expliquer ce qui se fait dans leurs ministères, ils soient destitués devant la chambre basse du Parlement », a-t-il déclaré.

La question de la surpopulation carcérale persiste alors qu’en novembre 2024, le président de la République, Évariste Ndayishimiye, avait lancé à Muramvya, au centre du pays, une opération de désengorgement des prisons. Au total, 5 442 prisonniers devaient être graciés dans tout le pays sur un effectif de 13 211 détenus.

Toutefois, des organisations de la société civile ont critiqué les irrégularités qui ont caractérisé la mise en œuvre de cette opération.

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