La SOSUMO fait face à de nombreux défis liés à la gestion administrative et financière, à la performance de la production sucrière ainsi qu’à la fiabilité de ses états financiers. Le ministère de l’Industrie projette sa modernisation et son extension d’ici cinq ans.
Dans un récent rapport définitif d’audit de la gestion de la SOSUMO, réalisé par la Cour des comptes, celle-ci a constaté que l’entreprise est confrontée à de multiples défis en matière de gouvernance administrative et de gestion financière.
Selon ce rapport, la société a recruté du personnel au cours des deux dernières années en violation des procédures légales.
« La SOSUMO a procédé au recrutement de membres du personnel au cours des exercices 2022-2023 et 2024-2025 sans organisation de concours de recrutement », précise le rapport.
« Cette situation entraîne un manque de transparence dans les recrutements, un risque de favoritisme ainsi que l’embauche d’un personnel incompétent », révèle le rapport produit de la Cour des comptes.
Le ministre ayant l’Industrie dans ses attributions, le Dr Hassan Kibeya, a expliqué qu’il avait dû agir rapidement après le départ massif d’employés de l’usine afin de pallier cette situation.
« Il est incontestable que l’organisation d’un test de recrutement constitue une règle essentielle de bonne gestion d’une entreprise. Néanmoins, vu la situation critique à laquelle la SOSUMO faisait face, marquée par le départ incontrôlé de son personnel, il fallait agir rapidement », at-il expliqué, avant d’assurer que « les personnes recrutées étaient reconnues pour leurs compétences ».
Une production en baisse
Concernant la production de l’usine, le même rapport de la Cour des comptes révèle également que « la production de sucre et de mélasse a évolué en dents de scie au cours de ces dernières années, avec une tendance baissière ».
Cette situation a contribué à la cherté du sucre produit par l’usine, malgré la libéralisation de sa commercialisation qui a favorisé la vente du sucre importé, notamment de l’Ouganda. Cette réalité a suscité des interrogations au sein du Parlement.
« Aujourd’hui, le sucre semble être disponible sur le marché local grâce à la libéralisation de sa commercialisation. Pourquoi coûte-t-il alors plus cher que le sucre importé ? », se sont entourés les parlementaires.
À cette question, le ministre Kibeya répond que cette situation s’explique notamment par les coûts élevés de production, liés à la vétusté et à l’obsolescence technologique des équipements de l’usine, à la faible production qui oscille autour de 20 000 tonnes alors que d’autres sociétés de la région produisent à grande échelle, ainsi qu’au contexte économique actuel marqué par les difficultés d’accès aux dispositifs.
« La SOSUMO ne parvient pas à déplacer tous les équipements et intrants agricoles directement auprès des fabricants ou de leurs distributeurs agréés », a expliqué le ministre.
Il a rappelé que le prix de vente du sucre par la SOSUMO est fixé à 5 650 BIF le kilogramme, tandis que le prix officiel de commercialisation par les grossistes est de 6 000 BIF le kilogramme.
Depuis quelques années, le Burundi fait face à une pénurie récurrente du sucre produit localement par la seule usine du pays, la SOSUMO, ce qui a entraîné une flambée vertigineuse des prix.
En 2024, par exemple, la SOSUMO a fixé un nouveau prix de vente du sucre, passant de 3 500 BIF à 8 000 BIF le kilogramme, suscitant de vives indignations chez les consommateurs.
Un statut d’entreprise publique mis en cause
Selon le ministre Kibeya, le déclin de la SOSUMO s’explique par plusieurs facteurs. Il estime notamment que l’absence de progrès significatifs est en grande partie liée à son statut d’entreprise publique.
« Si la SOSUMO était une entreprise privée, je suis convaincu qu’elle aurait déjà généré des bénéfices et ouvert d’autres usines, voire une dans un autre pays comme la Tanzanie », a-t-il déclaré.
« Aujourd’hui, dans le processus de restructuration de la SOSUMO, il ne faut pas seulement réhabiliter les machines. Il faut également restructurer les hommes et changer les mentalités », a promis le ministre.
En 2024, le président de la République, avait probablement accusé les responsables de la SOSUMO de chercher à s’enrichir au détriment de la population, avant de proposer la libéralisation du commerce du sucre.
« À la SOSUMO, on m’a dit qu’ils travaillent à perte. Je leur ai répondu : vous avez échoué. Vous n’avez apporté aucune plus-value au pays. Vous êtes des commerçants comme tant d’autres. La solution est de libéraliser le sucre. Vous voulez vous enrichir alors que la population souffre. Ils travaillent pour leur ventre », avait déploré le président lors d’une réunion de moralisation dans l’ancienne province de Cankuzo, à l’est du Burundi.
Des projets de modernisation et d’extension
Face à ces nombreux défis, le ministre de l’Industrie promet plusieurs actions. Parmi celles-ci figurent un programme de réhabilitation de l’usine prévu d’ici à 2030, avec un budget évalué entre 15 et 20 millions de dollars américains, ainsi que la construction d’une nouvelle usine projetée pour 2032, pour un budget de 50 millions de dollars américains, selon les précisions fournies par le ministre Kibeya.
La SOSUMO, seule usine de production de sucre au Burundi, a été construite en 1988. Elle avait été conçue pour une durée de vie de 25 ans. Aujourd’hui, près de quatre décennies après sa mise en service, les autorités estiment qu’une modernisation en profondeur est indispensable pour répondre à la demande nationale et améliorer sa compétitivité.
























