Sur les rives du lac Tanganyika, à la plage de pêche de Gitaza, l’inquiétude reste vive parmi les pêcheurs. Bien que l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) fasse aujourd’hui moins la une de l’actualité, ils estiment que le risque de propagation demeure réel. Ils demandent la reprise du dépistage systématique, suspendu depuis plusieurs semaines.
Au bord du lac, Patrice Bayampunde s’affaire à réparer le moteur de son bateau avant de repartir à la pêche. Derrière les préparatifs de cette nouvelle sortie se cache une préoccupation constante : la proximité de la province congolaise de l’Ituri, où des cas d’Ebola continuent d’être enregistrés.
« On ne peut pas ne pas être inquiets, car l’un de nous peut être contaminé. Sur le lac, nous croisons souvent des pêcheurs congolais. Chacun reste dans son bateau, mais nous nous saluons à distance, par des gestes », explique-t-il.
Les pêcheurs précisent qu’une distance d’au moins 500 mètres est généralement respectée entre les embarcations burundaises et congolaises. Une mesure de précaution qui, selon eux, ne suffit pas à écarter totalement le risque de contamination.
Un dépistage interrompu
À quelques mètres de la plage se dresse un conteneur blanc aujourd’hui fermé. Il servait de poste de dépistage pour les pêcheurs de retour du lac.
Pour Saidi Nishimagizwe, l’interruption de ces opérations est source d’incompréhension.
« Vous voyez ce conteneur blanc ? C’est là que les équipes de santé travaillaient. Le mois dernier, elles dépistaient les pêcheurs à leur retour du lac. Après une semaine, elles sont reparties et, depuis, les opérations ont cessé. Cela nous inquiète », raconte-t-il.
Selon plusieurs pêcheurs rencontrés sur place, la surveillance sanitaire s’est progressivement relâchée alors que, selon eux, la menace n’a pas disparu.
Les pêcheurs réclament le retour des contrôles
Pour Abdoul Latif Nshimirimana, représentant des pêcheurs de la plage de Gitaza, cette baisse de vigilance s’explique en partie par le fait que l’épidémie est aujourd’hui moins médiatisée.
« Aujourd’hui, le dépistage n’est plus fréquent. Même les pêcheurs participent moins aux opérations parce qu’on parle moins d’Ebola qu’auparavant », affirme-t-il.
Patrice Bayampunde partage cette analyse.
« Lorsque les premiers cas ont été signalés en République démocratique du Congo, beaucoup plus d’efforts étaient déployés. Il faudrait reprendre ces contrôles régulièrement. C’est important », plaide-t-il.
Les pêcheurs demandent ainsi que les équipes sanitaires reviennent assurer un dépistage systématique à chaque retour des embarcations, comme cela avait été instauré au début de l’alerte sanitaire.
Une vigilance toujours nécessaire
Au plus fort de l’alerte, en mai 2026, le ministère burundais de la Santé avait mis en place un dépistage systématique des pêcheurs revenant du lac Tanganyika afin de prévenir toute introduction du virus sur le territoire national. Selon les pêcheurs de Gitaza, cette mesure n’est désormais plus appliquée.
Pourtant, l’épidémie continue d’évoluer en République démocratique du Congo. Selon les dernières données publiées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 1 561 cas confirmés ont été enregistrés, dont 506 décès.
Face à cette situation, le ministère burundais de la Santé avait estimé, dès le mois de mai, à 15 millions de dollars américains les ressources nécessaires pour renforcer les dispositifs de prévention et de riposte contre une éventuelle propagation de la maladie au Burundi.
Pour les pêcheurs de Gitaza, la reprise du dépistage constitue aujourd’hui une mesure indispensable pour maintenir la vigilance et prévenir toute introduction du virus dans les communautés riveraines du lac Tanganyika.

























