À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, des organisations de la société civile, des experts, des autorités locales et des citoyens se sont réunis à Bujumbura pour sensibiliser à la protection du lac Tanganyika. Entre constats alarmants sur la pollution et appels à une mobilisation collective, les participants ont plaidé pour un changement de comportements afin de préserver ce patrimoine naturel vital pour le Burundi.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement célébrée ce samedi, l’organisation CEPD-Girubuntu a réuni plusieurs acteurs engagés dans la protection de la nature autour d’une activité combinant visite de terrain et échange-débat sur les défis environnementaux auxquels fait face le Burundi, en particulier le lac Tanganyika.
Les participants ont d’abord effectué une descente sur le site communément appelé « Kumase », l’un des points où les déchets finissent par rejoindre le lac Tanganyika. Cette visite a permis de constater l’ampleur de la pollution causée notamment par les déchets plastiques.
Pour Bakenyere Pancrace, encadreur du Club Paix et Protection de l’Environnement à l’École Saint-Michel Archange, le constat est alarmant.
« Il faut davantage de sensibilisation, car la situation est préoccupante. Tout commence par de simples habitudes, comme le fait de jeter des bouteilles en plastique dans la nature », a-t-il déclaré.
Un appel à la protection du lac Tanganyika également partagé par Nkurunziza Raphaël, membre de l’organisation YERI.
« Le lac Tanganyika paraît calme, mais lorsqu’il est menacé, il peut avoir des conséquences importantes sur notre environnement et notre mode de vie. C’est pourquoi nous devons le protéger. Ce qui est encourageant, c’est que lorsque nous avons commencé à ramasser les déchets plastiques, d’autres personnes se sont jointes spontanément à nous. Cela montre qu’une prise de conscience commence progressivement à émerger », a-t-il souligné.
Au cours des échanges, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’un changement de comportement.
L’abbé Floribert Kaneza, de l’organisation Maria Arafasha, a plaidé pour une prise de conscience collective face aux actes qui dégradent l’environnement, notamment le jet de déchets depuis les véhicules.
S’appuyant sur l’encyclique du pape François consacrée à l’environnement, il a rappelé que la Terre est « notre maison commune » et qu’elle mérite d’être protégée par tous.
Mme Lidwine Nintije coordinatrice du projet « Ubuntu Vert », a rappelé que cette initiative vise à promouvoir une écologie du soin, de la paix et de la solidarité tout en contribuant à la lutte contre la pauvreté et au renforcement de la dignité humaine.
L’activiste environnemental Albert Mbonerane a, quant à lui, dressé un tableau préoccupant de l’état de certaines rivières qui traversent la ville de Bujumbura avant de se jeter dans le lac Tanganyika. Il a évoqué la pollution causée par les déchets solides, les activités humaines ainsi que la prolifération de la jacinthe d’eau.
À travers une vidéo projetée aux participants, il a illustré l’ampleur du phénomène en montrant comment des tonnes de déchets plastiques finissent dans le lac, alors même que celui-ci constitue une source essentielle de revenus pour les pêcheurs et un patrimoine naturel d’une valeur inestimable.
« Les plastiques que nous jetons aujourd’hui peuvent mettre plus de 400 ans à se décomposer. Nous profitons du lac, mais nous ne lui rendons pas ce qu’il mérite », a-t-il regretté avant de lancer un appel à l’action : « Mettons-nous ensemble pour protéger le lac Tanganyika. »
Pour renforcer ce message, il a cité le pape Benoît XVI : « Si nous voulons la paix, protégeons l’environnement. »
Les autorités locales ont également pris part aux échanges. Représentant la commune Ntahangwa, Jean-Damascène Citegetse, chef du département de l’Environnement et de l’Agriculture, a reconnu les progrès réalisés en matière d’assainissement tout en soulignant les défis persistants.
Selon lui, la gestion des déchets doit commencer au niveau des ménages afin de réduire la pollution des cours d’eau et du lac Tanganyika. Il a salué l’initiative de CEPD-Girubuntu et annoncé que la Banque mondiale a déjà manifesté son intention de financer l’aménagement d’un nouveau site de décharge pour la ville de Bujumbura.
De son côté, Odette Manirakiza, représentante de l’Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE), a encouragé les organisations de la société civile à poursuivre leurs efforts de sensibilisation et de mobilisation communautaire.
Clôturant les échanges, le professeur Alexis Banyuza, chercheur à l’Université du Burundi, a insisté sur l’importance de l’action collective dans la résolution des défis environnementaux.
Citant Albert Einstein, il a rappelé que « nous sommes plus intelligents lorsque nous travaillons ensemble », invitant chacun à devenir acteur de la protection de l’environnement.
À travers cette célébration de la Journée mondiale de l’environnement, les participants ont lancé un message clair : la préservation du lac Tanganyika et de l’environnement burundais ne dépend pas seulement des autorités ou des organisations spécialisées, mais de l’engagement quotidien de chaque citoyen.
























