A la UneFrenchGouvernanceSociété

« Le problème n’est pas la SOSUMO, mais sa gouvernance », estime Faustin Ndikumana

Alors que le gouvernement cherche des solutions pour redresser la Société sucrière du Moso (SOSUMO), confrontée à de graves difficultés financières, le directeur national de la PARCEM, Faustin Ndikumana, estime que la création d’une nouvelle entreprise ne résoudra pas les problèmes de fond. Selon lui, une restructuration profonde de la société, accompagnée de réformes de gouvernance, constitue la meilleure option.

Le ministre des Finances a récemment dressé un tableau préoccupant de la situation de la SOSUMO. Selon lui, l’entreprise aurait besoin de plus de 20 millions de dollars pour éviter l’effondrement. Face à cette situation, certains parlementaires ont suggéré la création d’une nouvelle société qui viendrait remplacer l’actuelle structure.

Une proposition qui ne convainc pas Faustin Ndikumana. Le directeur national de la PARCEM estime que les difficultés de la SOSUMO trouvent leur origine dans des problèmes structurels qui affectent depuis longtemps plusieurs entreprises publiques du pays.

Une gouvernance mise en cause

Selon lui, l’un des principaux obstacles réside dans la qualité du management. Il dénonce notamment la politisation des nominations au sein des entreprises publiques, une pratique qui conduit parfois à placer à des postes stratégiques des personnes ne disposant pas de l’expertise nécessaire.

« Les entreprises publiques ne devraient pas servir à récompenser des militants ou des cadres politiques après les campagnes électorales », estime-t-il.

Pour Faustin Ndikumana, cette situation affaiblit les performances des sociétés publiques et réduit leur capacité à faire face aux défis économiques.

Le poids des effectifs et de la corruption

L’activiste pointe également la mauvaise maîtrise des charges de fonctionnement, particulièrement celles liées au personnel. Selon lui, les recrutements motivés par des considérations politiques contribuent souvent à un sureffectif qui pèse lourdement sur les finances des entreprises.

Autre problème soulevé : la corruption. Faustin Ndikumana estime que les mécanismes de contrôle restent insuffisants et que l’impunité favorise les malversations.

Il cite notamment les irrégularités dans l’attribution des marchés publics, qui peuvent conduire à l’acquisition d’équipements inadaptés ou de mauvaise qualité, au détriment de la performance de l’entreprise.

Une absence de vision à long terme

Le directeur de la PARCEM regrette également l’absence d’une véritable stratégie de développement à long terme.

Selon lui, une entreprise comme la SOSUMO devrait disposer d’une feuille de route couvrant plusieurs années, avec des objectifs clairement définis en matière de production, d’investissement et de conquête de nouveaux marchés.

« Trop souvent, la gestion se limite à répondre aux urgences du moment, sans réelle projection vers l’avenir », déplore-t-il.

Il souligne que cette situation est aggravée par les difficultés économiques auxquelles le Burundi fait face, notamment le manque de devises et les pénuries de carburant qui compliquent l’approvisionnement en matières premières et en équipements.

Restructurer plutôt que remplacer

Pour sortir de la crise, Faustin Ndikumana préconise une restructuration en profondeur de la SOSUMO plutôt que la création d’une nouvelle société.

Cette réforme devrait, selon lui, s’appuyer sur les infrastructures existantes, le capital humain déjà disponible et une recapitalisation de l’entreprise. Elle devrait également s’accompagner d’une gestion plus transparente et d’un contrôle renforcé des dépenses.

L’activiste recommande également la mise en place d’un plan stratégique de développement sur cinq, dix ou vingt ans, capable d’orienter durablement les investissements et les décisions de gestion.

Faustin Ndikumana estime par ailleurs que le redressement de la SOSUMO passe par le recrutement de gestionnaires compétents.

Si les compétences nécessaires ne sont pas disponibles localement, il n’exclut pas le recours à une expertise étrangère. Il cite notamment l’île Maurice, reconnue pour son expérience dans la gestion des entreprises agro-industrielles.

Assainir l’environnement économique

Au-delà du cas spécifique de la SOSUMO, le directeur national de la PARCEM appelle à une amélioration de l’environnement économique global.

Selon lui, le gouvernement doit renforcer la crédibilité de sa gestion afin de mobiliser davantage de financements extérieurs, qu’il s’agisse d’appuis budgétaires ou de crédits destinés à soutenir l’économie.

Sans réformes structurelles et sans amélioration du climat économique, prévient-il, les difficultés rencontrées par la SOSUMO risquent de continuer à affecter non seulement cette entreprise, mais également l’ensemble du secteur public.

 

Journaliste reporteur , fact-checker, créateur de contenus, responsable des réseaux sociaux à la Radio Indundi Culture, et contributeur wikimedien

What's your reaction?

Related Posts

WP Radio
WP Radio
OFFLINE LIVE