L’arrêt temporaire de la pêche sur le lac Tanganyika, instauré pour favoriser la régénération des ressources halieutiques, ne touche pas uniquement les pêcheurs. Les commerçants, restaurateurs et autres opérateurs installés sur les plages de pêche affirment que cette mesure freine fortement leurs activités et réduit leurs revenus. Ils appellent le gouvernement à mettre en place des mécanismes alternatifs permettant de concilier protection des ressources et maintien des activités économiques.
Les personnes exerçant différentes activités sur les plages de pêche du lac Tanganyika demandent au gouvernement burundais de réfléchir à des mécanismes alternatifs à l’arrêt temporaire de la pêche, observé quelques jours chaque mois. Elles estiment que cette mesure, destinée à favoriser la reproduction des poissons, affecte durement leurs revenus en paralysant les activités économiques qui gravitent autour de la pêche.
À la plage de pêche de Kajaga, l’impact est visible. Sur une vingtaine de stands où s’exercent différents petits métiers, seuls trois étaient ouverts, ainsi qu’un restaurant. Plusieurs commerçants ont préféré fermer leurs échoppes faute de clients.
« Quand les pêcheurs ne travaillent pas, nos activités tournent au ralenti, car nous n’avons pas d’autres clients », explique Solène Hatungimana, opératrice de transfert de monnaie électronique. Selon elle, les pêcheurs représentent la principale clientèle des commerçants installés sur les plages.
Même constat chez Yves Remesha, boutiquier installé sur une plage de pêche depuis trois ans. « Normalement, on rencontre beaucoup de monde ici. La plupart des stands sont actuellement fermés et ceux qui y travaillaient sont rentrés chez eux. Celui qui a pu trouver l’argent du transport est parti, tandis que celui qui n’en a pas les moyens reste sur place », raconte-t-il.
Lorsque la pêche reprend, les activités retrouvent rapidement leur dynamisme. « Si tu as des marchandises, tu les écoules facilement lorsqu’ils pêchent. Lorsqu’il y a un arrêt temporaire de la pêche, les activités sont quasiment paralysées pendant cinq jours chaque mois », poursuit Yves Remesha.
Solène Hatungimana souligne que son activité dépend directement de celle des pêcheurs. « Lorsqu’ils travaillent, ils effectuent des opérations de dépôt et de retrait. C’est grâce à leurs activités que nous pouvons, nous aussi, survivre », affirme-t-elle.
Les pêcheurs, eux aussi, s’interrogent sur l’efficacité de cette mesure. Guy Izere estime que les résultats attendus ne sont pas visibles. « Avant, les petits poissons appelés ndagala étaient pêchés en leur temps. Aujourd’hui, on nous explique que cette pause est destinée à favoriser la reproduction et la croissance des poissons. Pourtant, je trouve que la situation reste inchangée. La production de poisson a diminué malgré cet arrêt temporaire. Avant, nous pouvions continuer à pêcher et obtenir de grandes quantités de poissons. Aujourd’hui, on dirait que nous sommes sous le coup d’une sanction divine », regrette-t-il.
Face à cette situation, les opérateurs économiques des plages demandent aux autorités de revoir le dispositif actuel ou d’envisager d’autres mécanismes de gestion des ressources halieutiques qui permettraient à la fois de préserver les poissons et de maintenir les activités économiques. « Si cette décision était modifiée, cela faciliterait la vie de nous autres opérateurs », estime Solène Hatungimana.
L’arrêt temporaire de la pêche sur le lac Tanganyika a débuté le lundi 29 juin 2026 et prendra fin au début de la semaine prochaine.
Dans d’autres pays, comme le Sénégal, la préservation des ressources halieutiques repose sur plusieurs mécanismes prévus par le Code de la pêche. Celui-ci prévoit notamment la création d’espaces maritimes protégés et l’installation de dispositifs de concentration de poissons afin de concilier conservation des ressources et maintien de l’activité de pêche.

























