Faute de solutions de vidange accessibles, les habitants du quartier Muzenga, dans la localité de Ceceni (zone Musaga, commune Mugere, en province de Bujumbura), ont adopté une pratique consistant à alterner l’utilisation de deux latrines en laissant les matières se décomposer pendant deux à trois ans. Si cette méthode leur permet de faire face aux difficultés d’assainissement, elle suscite l’inquiétude des autorités administratives et des spécialistes, qui mettent en garde contre les risques sanitaires et les menaces de pollution de la rivière Kanyosha et du lac Tanganyika.
Les habitants du quartier Muzenga, communément appelé Ceceni, situé en zone Musaga, dans la commune Mugere, en province Bujumbura, saluent les conditions d’hygiène dans cette localité. Ils indiquent que chaque parcelle dispose d’une seule latrine, utilisée par quatre à cinq ménages qui y résident.
« Il y a une seule latrine dans la parcelle. Nous y amenons de l’eau pour son utilisation », affirme Solange Nezerwe, une locataire.
Certaines de ces latrines ont un plancher en bois, percé en son centre d’une ouverture par laquelle passent les déchets organiques. Elles sont entourées de murs d’environ un mètre et demi de hauteur.
Lorsque la latrine est pleine, les habitants expliquent qu’il leur est difficile de la faire vidanger. Ils ont donc adopté une stratégie consistant à verser un produit dans la fosse et à cesser de l’utiliser pendant deux à trois ans, le temps que les matières se décomposent. Entre-temps, ils creusent une deuxième latrine à proximité et l’utilisent. Lorsque cette dernière est à son tour pleine, ils reviennent à la première, désormais décomposée, et appliquent le même procédé à la seconde.
« Une deuxième latrine est creusée et nous cessons d’utiliser l’ancienne en attendant la décomposition. Nous pourrons ensuite la réutiliser. La latrine que vous voyez n’est pas utilisée pour le moment. Trois années peuvent s’écouler avant que nous ne la réutilisions, lorsque celle que nous utilisons actuellement sera pleine », explique Corine Niyuhire, propriétaire d’une parcelle.
Le chef de zone Musaga, Magnus Niyokindi, reconnaît cette pratique, mais déplore cette manière de gérer les lieux d’aisance.
« Il faut mettre fin à cette pratique consistant à creuser une nouvelle latrine chaque fois que l’ancienne est pleine, car elle présente des risques pour la santé. Ceux qui ne peuvent pas faire vidanger leurs latrines y versent des produits. Les agents de santé devraient leur montrer les bonnes pratiques. Comme la plupart des résidents sont des locataires, nous demandons aux propriétaires de prendre leurs responsabilités et de faire procéder à la vidange des latrines. »
Il formule néanmoins plusieurs recommandations à l’endroit des habitants.
« L’accès au quartier Muzenga est difficile pour les véhicules chargés de la vidange des fosses septiques en raison de l’aménagement du quartier. Nous sensibilisons nos administrés afin qu’ils nous informent avant que les latrines ne soient pleines, pour que nous puissions examiner les solutions possibles, notamment l’intervention des véhicules de vidange. Nous encourageons également ceux qui en ont les moyens à construire des toilettes modernes », précise Magnus Niyokindi.
En effet, lorsque les fosses sont mal gérées, les déchets organiques peuvent s’infiltrer dans le sol.
Le quartier Muzenga est situé sur les berges de la rivière Kanyosha, un affluent du lac Tanganyika. Un autre problème d’hygiène évoqué par les habitants est l’irrégularité du ramassage des ordures ménagères depuis le début de l’année. Le chef de zone se veut toutefois rassurant, affirmant que la situation est sous contrôle. Il regrette cependant que certains habitants refusent de signer des contrats avec les sociétés chargées de la collecte des déchets et continuent de jeter leurs immondices sur les rives de la rivière. Il souligne que les contrevenants sont sanctionnés, tout en précisant que les campagnes de sensibilisation se poursuivent afin de mettre fin à cette pratique.
L’enseignant et directeur du Centre de recherche en sciences naturelles et de l’environnement de l’Université du Burundi, spécialiste en écologie aquatique, Claver Sibomana, explique que :
« Les déchets jetés sur les berges des rivières ont un impact négatif sur les sols. Lorsqu’il pleut, les eaux de ruissellement les entraînent dans les rivières. Cela dégrade la santé des cours d’eau et réduit leur biodiversité. Le lac Tanganyika est également affecté puisque ces rivières sont ses affluents. Une fois dans le lac, ces déchets se fragmentent et les organismes aquatiques en subissent les conséquences », martèle-t-il.
Lors d’une descente organisée au début du mois de mai dans les communes de Ntahangwa, Mukaza et Mugere, les ministres en charge de la Santé publique et de l’intérieur avaient recommandé aux autorités administratives d’assurer un suivi auprès de leurs administrés et de veiller au respect des mesures d’hygiène.
























