L’utilisation croissante des technologies modernes par les enfants suscite de plus en plus d’inquiétudes au Burundi. Parents et organisations de protection de l’enfance tirent la sonnette d’alarme face à l’exposition non contrôlée des mineurs aux réseaux sociaux et à des contenus numériques jugés inappropriés.
Pour de nombreux parents, l’essor des plateformes numériques comporte des risques importants pour l’éducation et le comportement des enfants. Un parent rencontré à Bujumbura estime que la situation devient préoccupante.
« La nouvelle génération est très turbulente. Il y a des publications choquantes qui circulent sur les plateformes numériques. Si un enfant continue à les regarder, il risque de s’y conformer et d’adopter les comportements qu’elles véhiculent », témoigne-t-il.
D’autres parents reconnaissent toutefois les difficultés à contrôler les activités numériques de leurs enfants.
« C’est très difficile. Nous surveillons nos enfants, mais c’est Dieu qui aide. Malgré les conseils des parents, certains enfants finissent par adopter de mauvaises habitudes », explique un autre parent rencontré dans les rues de la capitale économique.
Malgré ces défis, les parents estiment que leur implication demeure essentielle. Selon eux, un accompagnement régulier permet de mieux orienter les enfants vers une utilisation responsable des outils numériques.
« Lorsqu’un enfant utilise un téléphone ou un autre outil numérique, il est difficile de savoir s’il consulte des contenus appropriés ou non. C’est pourquoi les parents doivent, autant que possible, rester auprès de leurs enfants lorsqu’ils utilisent ces technologies afin de vérifier qu’ils s’en servent de manière utile et responsable », souligne une mère de famille.
Un appel à l’intervention de l’État
Les parents interrogés souhaitent également une implication plus forte des pouvoirs publics. Ils demandent aux autorités de renforcer les mesures visant à lutter contre la diffusion de contenus susceptibles de nuire à l’éducation et au développement des enfants.
« L’État peut aider en faisant pression sur les créateurs de contenus afin qu’ils cessent de publier des contenus nuisibles à l’éducation des enfants. Aujourd’hui, de nombreux élèves ont besoin de téléphones Android ou d’ordinateurs pour leurs études. Il faudrait que ceux qui diffusent des contenus portant atteinte à l’éducation des enfants soient sanctionnés », affirme un parent.
La FENADEB préoccupée par l’exposition des enfants au numérique
La Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance au Burundi (FENADEB) partage ces inquiétudes. Selon David Ninganza, chargé de la communication au sein de cette organisation, le pays fait face à une montée préoccupante de ce qu’il qualifie d’« exposition excessive des enfants aux plateformes numériques ».
D’après lui, cette situation entraîne plusieurs conséquences négatives, notamment l’isolement social, la fatigue, le manque de sommeil, la réduction du temps consacré aux études, les échecs scolaires ainsi qu’une diminution du respect envers les parents.
Face à cette réalité, la FENADEB recommande aux parents de renforcer leur vigilance, de limiter l’utilisation nocturne des appareils numériques et de sensibiliser les enfants aux dangers liés à Internet et aux réseaux sociaux. L’organisation conseille également aux jeunes d’éviter de se laisser influencer par la pression de leurs pairs.
Une utilisation des réseaux sociaux en forte progression
Selon une enquête réalisée en 2025 par le blog Share-net Burundi, environ 24 % des Burundais avaient accès aux technologies de l’information et de la communication. L’étude révèle que Facebook (93 %), WhatsApp (77 %) et YouTube (54 %) figurent parmi les plateformes les plus utilisées par les jeunes âgés de 12 à 20 ans, notamment grâce à des forfaits Internet devenus plus abordables.
L’enquête indique également qu’environ 46 % des utilisateurs consultent les réseaux sociaux quotidiennement et passent en moyenne entre deux et cinq heures par jour en ligne.
Lors d’une conférence consacrée à la protection des droits de l’enfant à l’ère du numérique, organisée en novembre 2025, Micheline Sabiteka, spécialiste en pédagogie numérique, avait souligné que de nombreux parents ignorent encore l’existence d’outils de contrôle parental permettant de surveiller les activités numériques de leurs enfants.
Parmi ces solutions figurent notamment des applications telles que Google Family Link, Kidslox, Net Nanny ou encore mSpy, qui permettent aux parents de mieux encadrer l’utilisation des appareils connectés et des réseaux sociaux.
Un cadre juridique déjà existant
Pour faire face aux défis liés à l’utilisation d’Internet, le Burundi s’est doté de plusieurs instruments juridiques destinés à protéger les internautes, en particulier les enfants.
Parmi eux figurent la loi de 2022 sur la cybercriminalité ainsi que la loi de 2018 régissant la presse. L’article 62, alinéa f, de cette dernière invite notamment les médias à « s’abstenir de diffuser ou de publier des contenus portant atteinte aux bonnes mœurs et à l’ordre public ».
Malgré l’existence de ces textes, parents et défenseurs des droits de l’enfant estiment que davantage d’efforts restent nécessaires afin de garantir un environnement numérique sûr et adapté aux jeunes générations dans un contexte de digitalisation croissante de la société burundaise.

























