La diminution progressive du niveau des eaux des lacs et des rivières situés dans le nord du Burundi inquiète de plus en plus les habitants ainsi que les autorités administratives des provinces concernées, notamment à Kirundo. Selon eux, cette situation résulte principalement de la sécheresse prolongée qui frappe cette région du pays, mais également des activités humaines exercées à proximité de ces lacs et des rivières.
Plusieurs rivières déjà asséchées pendant la saison sèche
Dans la région naturelle de Bugesera, certaines rivières, Gacamirindi et des cours d’eau situés dans le marais de Rufunzo connaissent déjà un assèchement durant la saison sèche. La rivière Gitamo, quant à elle, est en grande partie protégée, même si la situation demeure préoccupante. Les eaux des lacs Cohoha et Rweru baissent aussi pendant cette periode . La sécheresse persistante affecte également ces cours d’eaux et lacs comme en 2008 ,2009 et 2010 où la secheresse prolongé a diminué les eaux du lacs Cohoha de plus de 200 metres.
Elle affecte aussi les efforts de reboisement pour tenter de les proteger . Les nouveaux plants d’arbres mis en terre dans le cadre de la protection de l’environnement se dessèchent rapidement faute de pluie suffisante, compromettant ainsi les stratégies de restauration des écosystèmes.
Le phénomène s’aggrave à l’échelle nationale*l
Le ministère en charge de l’Hydraulique, de l’Énergie et des Mines estime que le phénomène d’assèchement des cours d’eau s’est aggravé au fil des années. Selon Christian Nimubona, Directeur général en charge de l’environnement et des ressources en eau, environ 10 % des rivières du Burundi étaient déjà asséchées en 2014, un chiffre qui aurait augmenté jusqu’en 2026.
Les causes profondes expliquées par un environnementaliste
L’environnementaliste Innocent Banirwaninzigo estime que la baisse du niveau des lacs et le tarissement progressif des rivières trouvent leur origine dans la sécheresse prolongée provoquée en grande partie par la désertification croissante observée dans plusieurs régions du pays.Selon lui, la forte densité démographique du Burundi, estimée à environ 450 habitants par kilomètre carré, pousse la population à exploiter intensivement les terres sans leur laisser le temps de se régénérer. Cette surexploitation favorise l’érosion des sols et réduit progressivement leur capacité à retenir l’eau.
Il souligne également que la recherche permanente de nouvelles terres cultivables pousse de nombreux ménages à procéder au déboisement intensif, notamment par l’abattage d’arbres naturels qui jouent pourtant un rôle essentiel dans la conservation des sols et la protection des nappes phréatiques.
D’après Innocent Banirwaninzigo, l’ensemble de ces facteurs accélère la dégradation de l’environnement, favorise la sécheresse prolongée et contribue directement à l’assèchement progressif des rivières ainsi qu’à la baisse du niveau des lacs observée actuellement.
Des conséquences visibles sur le tourisme, l’agriculture et la pêche
Le chef de zone de Kirundo, Jean Marie Karambizi, explique que cette baisse du niveau d’eau entraîne déjà des conséquences économiques importantes. Selon lui, le nombre de touristes qui visitent les lacs du nord diminue généralement à partir de la mi-juillet, période correspondant au début de la saison sèche dans cette région.
Outre le secteur touristique, la production halieutique connaît également une baisse sensible en raison de la diminution de la quantité d’eau disponible dans les lacs. Les agriculteurs sont eux aussi affectés, car ils manquent d’eau pour irriguer leurs champs, ce qui entraîne une diminution de la production agricole. Le chef de zone souligne également les difficultés d’approvisionnement en eau auxquelles fait face la population qui utilise cette ressource dans les ménages.
Même constat du côté de la commune de Bugabira. Jean Bosco Misago, responsable local, évoque plusieurs conséquences liées à la baisse du niveau des rivières ou à leur assèchement complet. Parmi celles-ci figurent le manque d’eau dans les robinets, la baisse de la production agricole dans les marais ainsi que l’abandon progressif des activités agricoles dans les zones où les rivières se sont taries.
Des mesures pour protéger les lacs et les rivières
Face à cette situation, les autorités locales ont mis en place plusieurs mesures visant à protéger les ressources en eau. Jean Marie Karambizi et Jean Bosco Misago indiquent qu’il est désormais interdit d’exercer toute activité humaine dans un rayon de cinquante mètres autour des lacs ainsi que dans certains périmètres proches des rivières.
Parmi les autres actions entreprises figurent la plantation d’arbres naturels le long des rivières et des lacs, la restauration des forêts ainsi que la protection des sources d’eau contre la pollution, notamment en interdisant le déversement d’immondices dans ces zones sensibles.
Le ministere ayant l’hydraulique dans ses attributions recommande notamment le traçage des courbes de niveau, la protection des bassins versants ainsi que le renforcement des mesures de préservation environnementale afin de sauvegarder durablement les ressources en eau du pays.
L’environnementaliste Innocent Banirwaninzigo recommande avant tout un vaste programme de reboisement, en privilégiant particulièrement les arbres naturels qui, selon lui, sont les seuls capables de protéger efficacement les nappes phréatiques et de restaurer durablement l’équilibre écologique.
Il appelle également au respect strict du code de l’eau et du code de l’environnement en vigueur au Burundi, estimant que l’application effective de ces textes constitue une étape indispensable pour préserver durablement les ressources hydriques du pays.
Pas encore de conflits liés au manque d’eau
Malgré la rareté croissante de l’eau, les autorités locales affirment qu’aucun conflit majeur lié à cette situation n’a été enregistré jusqu’à présent. Cette stabilité s’explique notamment par la mise en application de la stabulation permanente du bétail, qui réduit la pression sur les points d’eau, ainsi que par l’organisation des agriculteurs en coopératives, facilitant une meilleure gestion de l’eau destinée à l’irrigation.
Face au changement climatique et à la pression humaine croissante sur les ressources naturelles, les autorités appellent la population à adopter des comportements responsables pour préserver les lacs et les rivières, indispensables à la vie économique et sociale du pays.

























